| 'Le pavillon Qingfeng' : Opéra Yu du Henan |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Mardi, 08 Décembre 2009 20:41 | |||
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« Le pavillon Qingfeng » (《清风亭》 qīngfēngtíng ou pavillon du vent frais) est un roman anonyme qui remonte à la dynastie des Ming, et relève de la tradition des conteurs populaires. C’est une histoire éminemment morale, illustration de la piété filiale, où les méchants (au sens confucéen du terme) finissent foudroyés par la colère du ciel.
Le roman a donné lieu à de nombreuses adaptations à l’opéra, sous diverses variantes régionales. L'histoireLes époux Zhang sont un couple déjà assez âgé, mais sans enfant. Ils subsistent tant bien que mal en vendant du tofu. Un jour, en passant devant le pavillon Qingfeng, ils croient entendre les cris d’un fantôme ; ce sont en fait ceux d’un bébé abandonné, qu’ils recueillent illico, ravis de trouver là la progéniture qui leur faisait défaut. Ils l’appellent Jibao (继保)et le petit garçon devient leur joie de vivre.
Treize plus tard, l’enfant, chahuté par ses camarades à l’école, est pris de doute sur ses origines. Sur ces entrefaites, il rencontre, au pavillon Qingfeng, sa mère éplorée revenue là régulièrement pour tenter de retrouver son fils. C’est une concubine de énième rang que la première épouse a obligée à abandonner son enfant et qui justifie sa qualité de mère en invoquant le document écrit de son sang qu’elle avait glissé dans les vêtements du bébé avant de l’abandonner. Elle convainc le vieux Zhang Yuanxiu (张元秀)de laisser l’enfant repartir avec elle, ce qu’il accepte à son corps défendant, ému par l’affliction sincère de la femme. Plusieurs années plus tard, les deux époux ont été réduits à la mendicité, et pleurent toujours l’enfant qu’ils ont élevé pendant treize ans avec tant d’amour ; la vieille Zhang en est devenue aveugle. C’est alors qu’il apprennent que Jibao vient d’être brillamment reçu aux examens impériaux, et décident d’aller le voir pour le féliciter. Jibao, cependant, est devenu un jeune homme arrogant, imbu de sa réussite sociale, qui refuse de reconnaître dans ces deux mendiants ses parents adoptifs. Pour s’en débarrasser, il finit par leur octroyer une ligature de pièces de bronze, et les chasse impitoyablement. Ulcérée, la vieille mère lui jette son obole à la figure et les deux époux meurent de douleur autant que de colère. Sur quoi la vox populi s’empare de l’affaire, appelant le juste châtiment du ciel sur la tête du mauvais fils. Jibao est foudroyé devant le pavillon Qingfeng. La nouvelle version de l'Opéra YuIl existe une nouvelle version du Pavillon Qingfeng : 《清风亭上》, ‘Sur le pavillon Qinfeng’. Elle présente des nuances importantes par rapport à l’originale, et l’analyse de ces différences donne une assez bonne idée des progrès réalisés ces dernières années dans le domaine de l’opéra en Chine, pour tenter de s’adapter à l’évolution de la société et des goûts.
On trouve sur internet un assez bon enregistrement d’une représentation de《清风亭》par la même troupe, avec les deux mêmes acteurs principaux, dans les rôles des vieux époux Zhang ; selon les informations données par le directeur de la troupe, il s’agit de la deuxième version de l’adaptation qu’ils ont réalisée à partir d’un opéra jingju, la première version datant d’il y a une vingtaine d’années : http://www.oushe.cn/video?title=%E8%B1%AB%E5%89%A7%E3%80%8A%E6%B8%85%E9%A3%8E%E4%BA%AD%E3%80%8B%E6%BC%94%E5%94%B1%EF%BC%9A%E6%9D%8E%E6%A0%91%E5%BB%BAB_toXvid&url=http://v.ku6.com/show/06VjxlGI832sHMJR.html Le fait que les deux rôles principaux soient interprétés par les mêmes acteurs renforce la perception des différences, tant du point de vue de la musique que de la mise en scène et du caractère de Jibao. un orchestre dominé par les vents : Dans le 《清风亭上》qui nous a été présenté, on est frappé dès la première aria par l’accompagnement orchestral, dominé par l’orgue de bouche 笙 shēng, ce qui donne une grande douceur et beaucoup de profondeur à la ligne mélodique. C’est une rupture avec l’accompagnement traditionnel, où prédominaient les cordes, reléguées ici à la seconde place. L’ensemble instrumental se rapproche ainsi de celui des opéras kun. La sonorité du sheng, utilisé dans la tessiture du hautbois, renforce les qualités mélodiques du chant et en souligne la tristesse. Berlioz ne disait-il pas, dans son traité « De l’instrumentation », que le hautbois « exprime à merveille… la douleur d’un être faible » ? un Jibao beaucoup plus nuancé que le personnage traditionnel : Le Jibao de 《清风亭》est un personnage manichéen, conditionné par le désir effréné de réussite sociale, adulant pour cela la première épouse qui a ravi le rôle maternel à sa vraie mère, et devenu aussi suffisant qu’elle. Il a un moment de faiblesse en voyant sa mère adoptive, mais ce sentiment est vite étouffé. Dans la version remaniée de l’opéra, Jibao est interprété par un jeune acteur au visage beaucoup plus doux, et à la voix moins dure, d’un aspect plus amène. Il est enclin à la compassion, mais il est remis dans le « droit » chemin par le janissaire chargé de faire exécuter les ordres de la première épouse et d’écarter les impétrants. Si Jibao renvoie impitoyablement ses parents adoptifs, c’est parce que l’autre réussit à le convaincre que ce sont des imposteurs. une mise en scène qui gomme les effets théâtraux : En ligne avec cette nouvelle conception plus humaine du drame et de ses personnages, le livret a été condensé, certains passages ont été supprimés (comme la scène où la vieille épouse devient aveugle), et la mise en scène a atténué les gestuelles propres à l’opéra chinois, pour se rapprocher d’une mise en scène d’opéra occidental, dont d’ailleurs la structure arias/récitatifs se rapproche beaucoup. A cet égard, on peut cependant regretter que la scène finale ait été affaiblie par le désir, justement, d’éviter la théâtralité propre aux conventions de l’opéra : on avait auparavant une superbe scène à la Don Juan (scène du commandeur) qui aurait dû être préservée. La mort de Jibao, dans la version nouvelle, est un peu plate. Au final, on a un opéra qui fait ressortir les lignes mélodiques, et qui est donc d’une extrême beauté musicale, mais au détriment parfois d’un aspect théâtral qui est quand même l’essence de l’opéra, qu’il soit chinois ou non. Mention spéciale aux acteursIl faut saluer, pour terminer, la performance des acteurs, pour leurs qualités vocales autant qu’expressives, et surtout celle des deux acteurs/chanteurs principaux, Li Shujian (李树建) dans le rôle de Zhang Yuanxiu (张元秀), et Bai Qing (柏青) dans celui de son épouse, He Shi (贺氏). Le premier, né en 1962 dans le Henan, est le chef de la troupe ; il est un élément moteur du développement du yuju, et il apporte une profonde humanité au personnage de Zhang Yuanxiu.
Bai Qing, née en 1963, est une disciple de la fameuse actrice Ma Jinfeng (马金凤), l’une des cinq grandes actrices qui, avec Chang Xiangyu, ont contribué à l’essor du yuju après 1927. On dit que, si le style de Chang était passionné et ardent, celui de Ma était brillant et vigoureux. Bai Qing, dans le rôle de He Shi, personnifie tellement bien une vieille mère aveugle, brisée par la douleur autant que courbée par les ans, qu’on a du mal à imaginer qu’une fois sortie de scène elle puisse marcher droit comme tout le monde. Les deux acteurs à la fin de l’opéra (version légèrement différente de celle présentée lors du festival)
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