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L'Opéra Kun : particularités musicales et artistiques PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Duzan   
Vendredi, 11 Décembre 2009 16:56

L'Opéra Kun : particularités

Le kunqu  a des caractéristiques qui lui sont propres, que ce soit dans le domaine de la musique, des techniques de scène ou des instruments de l’ensemble orchestral.

La musique et le livret

La musique du kunqu est basée sur le principe du qǔpái (曲牌), c’est-à-dire une mélodie déterminée, relativement brève, dont il existe tout un répertoire, transmis depuis des siècles. L’auteur commence par déterminer une séquence musicale basée sur une séquence de qupai choisis dans le répertoire.

Ensuite, les passages poétiques sont écrits pour « coller » avec les motifs de qupai qui ont été choisis. Le chinois étant une langue tonale, il existe une relation spécifique entre l’air et le ton de chaque mot ; on peut dire que chaque mot a sa propre mélodie, en quelque sorte, et la mélodie musicale doit être surimposée sur cette « mélodie » initiale sans interférer avec elle ou la contrer. C’est donc un travail extrêmement complexe.

Le langage utilisé dans les pièces de kunqu n’est ni le dialecte de Kunshan ou de Suzhou, région d’origine de l’opéra, ni le putonghua standard, ce qu’on appelle couramment le mandarin. Il s’agit en fait d’une langue de scène dérivée dudit mandarin, incorporant quelques éléments de dialecte, et possédant huit tons. L’écriture du livret en est d’autant plus complexe, et c’est la raison pour laquelle les livrets de kunqu sont considérés comme des exemples d’œuvres littéraires d’un grand raffinement qui possèdent leur propre valeur esthétique.  

Dans l’opéra de Pékin, par exemple, la musique alterne entre le xipi (西皮, un tempo animé et rapide) et l’erhuang (二黄, plus lent et sentimental), la combinaison pouvant être quelque peu discordante. La musique du kunqu, en revanche, basée sur l’air de kunshan 昆山(1) ou shuimodiao (水磨调, littéralement le chant du moulin), est uniformément gracieuse et cadencée. On a dit que cet air a été appelé ainsi parce qu’il avait été « soigneusement moulu et poli », que c’était « une mélodie ponctuée de trois fluctuations et de neuf soupirs ».

En outre, il faut se souvenir que le kunqu a toujours été la musique de l’élite cultivée, même si ses airs ont été pendant longtemps connus de tous et chantés dans toutes les couches de la société. Comme la musique baroque en Europe, la musique du kunqu était interprétée dans les espaces restreints des salons privés, et ne nécessitait donc pas de forcer le ton pour se faire entendre, comme les opéras populaires qui se jouaient dans la rue, sur des tréteaux de fortune.

Il résulte de tous ces facteurs des chants extrêmement mélodieux et généralement très doux, caractère renforcé par l’accompagnement instrumental.

Les instruments

Contrairement à beaucoup d’autres opéras traditionnels chinois, les instruments principaux des ensembles orchestraux du kunqu sont des vents : l’instrument principal est la flûte traversière en bambou 笛子dízi , aux côtés de la flûte en bambou à encoche萧 xiāo et de l’orgue à bouche笙shēng, l’instrument à cordes principal étant le luth 琵琶 pípá accompagné de violons de type 二胡 èrhú, voire du luth à trois cordes 三弦 sānxián . La section des percussions comprend, de manière beaucoup plus traditionnelle, des gongs锣 luó et des cymbales 铙 nào qui ponctuent l’action, et un petit tambour et des claquettes en bois 梆子 bāngzi qui donnent le rythme. Ces deux derniers instruments sont joués par le même musicien qui conduit aussi l’ensemble.

Le jeu très spécifique des acteurs

Dans une pièce de kunqu, les acteurs dansent tout en chantant, contrairement à la plupart des autres opéras chinois où les deux sont dissociés, comme dans l’opéra de Pékin, par exemple. Il en résulte des acteurs extrêmement complets, capables des plus extrêmes pirouettes vocales aussi bien que physiques, et surtout capables de faire les deux en même temps.  

Cela peut donner des scènes de haute virtuosité dans les pièces historiques où l’acteur interprète un personnage martial. Dans la plupart des pièces, cependant, la gestuelle est d’une aussi grande douceur que la musique elle-même qu’elle accompagne.  

On a ainsi un opéra raffiné, aux sonorités douces et harmonieuses, aptes à rendre les sentiments les plus délicats, même s’il peut aussi au besoin rendre la fougue guerrière.

(1) Voir l’article précédent : L’opéra kun : petite histoire …
 
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