| ShanghArt à la FIAC 2008 |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Vendredi, 20 Novembre 2009 09:44 | |||
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Shanghart, galerie shanghaïenne comme son nom l’indique, a été créée en 1996 ; elle est donc relativement récente, et son développement a suivi celui du marché de l’art contemporain en Chine. C’est la première grande galerie chinoise à avoir participé aux grandes foires internationales comme Art Basel ou la FIAC.
Elle possède deux espaces d’exposition situés 50 Moganshan Lu, dans des anciens entrepôts reconvertis, ShanghART Gallery et ShanghART H-space, qui ont à peu près la même atmosphère de création bohème que le fameux espace Dashanzi de Beijing, où la galerie vient d’ailleurs d’ouvrir un espace complémentaire. Il faut dire que la galerie était limitée à la portion congrue à la FIAC : certaines galeries ont renoncé à être présentes cette année au Grand Palais en raison de l’exiguïté des cubicules qui leur étaient proposés ; Shanghart a été pour sa part bien mal lotie, étant en plus à l’étage et à l’écart de la foule. On ne pouvait donc qu’être un peu déçu du peu de pièces exposées, certaines œuvres n’étaient présentées que sur catalogue. Ceci dit, les peintures exposées étaient fort intéressantes. L’œil était attiré dès l’entrée par un superbe Mao de Yu Youhan (余友涵), tout à fait caractéristique de ce peintre, né en 1943 à Shanghai où il vit actuellement. http://www.shanghartgallery.com/galleryarchive/archives/detail/id/7421 Yu Youhan fut l’un des principaux représentants du mouvement d’avant-garde du « Political Pop » qui, dans les années 1990, créa un style original en mêlant des éléments d’art occidental à d’autres issus de l’iconographie chinoise, mouvement qui exerça une profonde influence sur la génération d’artistes chinois qui suivit. Cependant, avant cela, Yu Youhan fut influencé par la Révolution culturelle et son imagerie très particulière maniant réalisme socialiste et propagande politique. Finalement, il s’est construit un univers très personnel, dont l’esthétique est une savante combinaison de traditions très diverses. Dans ce cadre, ses portraits de Mao sont sans doute ce qui lui a valu le plus de succès. Il les décore de fleurs qui se fondent dans des fonds de couleurs pastel ou plus violentes. Le personnage du Grand Timonier en est comme adouci, humanisé. Celui présenté à la FIAC ajoute à ses superbes motifs de fleurs un petit aspect ironique, voire provocateur, en superposant le profil du défunt président à l’image de la statue de la Liberté. C’est à la fois très esthétique et très réussi. Le second peintre exposé, avec un petit portrait de femme, était Zeng Fanzhi (曾梵志), peintre né en 1964 à Wuhan et vivant actuellement à Beijing. Il a peint des séries de masques autant que de portraits, s’attachant à tenter de rendre l’état psychologique de ses personnages. Ils sont d’une extrême expressivité, mais toujours avec des expressions étranges, des regards plus ou moins hagards ou fixes, qui ne laissent pas indifférents. C’est peint à grands traits, avec de brusques coups de pinceaux qui semblent avoir été tracés sous le coup d’une émotion ou d’une tension intérieure. Le portrait de la FIAC est ainsi : une jeune fille vue de trois-quarts dont l’œil immense et comme halluciné semble témoigner d’une possible névrose intérieure. Contrastant avec ce petit format suivait un triptyque de Wu Yiming (邬一名) représentant quelques personnages sur un très beau fond bleu faisait pendant au rouge du Mao de Yu Youhan. Autre Shanghaïen, né en 1966, Wu Yiming peint des personnages anonymes, dont même les traits du visage sont absents : aucune possibilité de reconstituer une quelconque identité. Ses images véhiculent des thèmes qui donnent évidemment une certaine impression de malaise : amnésie culturelle autant qu’historique se traduisant par la perte du sens d’appartenance au monde. Ses personnages ont l’air de flotter dans des positions indéfinies, comme des mannequins sans regard, et sur un fond d’un bleu profond mais sans aspérité, sur lequel ils semblent glisser comme des ombres. http://www.shanghartgallery.com/galleryarchive/image.htm?id=4558 Enfin, les œuvres de Sun Xun (voir l’article sur cet artiste dans le cadre du festival Shadows) étaient présentées dans un recoin très peu visible de l’allée, et c’est bien dommage, les vidéos étant en outre projetées sur un tout petit écran. Outre les vidéos était exposée une série de 25 « stills » tirés de sa récente vidéo « Shock of time », ce qui n’est peut-être pas le plus visuellement parlant de son œuvre, au niveau pictural. Cependant, le prix en est vraiment très raisonnable (7 500 $ pour la série), comparé aux prix pratiqués par ailleurs… Enfin, le « cagibi » réservait quelques surprises, dont une petite œuvre très léchée de Xu Zhen 徐震, jeune artiste très prolifique d’une trentaine années qui a été invité à la 49ème biennale de Venise et semble depuis avoir le vent en poupe : http://www.shanghartgallery.com/galleryarchive/image.htm?id=4555. Mais rien de vraiment représentatif de son œuvre. Dans l’ensemble, il faut reconnaître que Shanghart a, elle aussi, choisi pour cette édition de la FIAC des valeurs sûres et bien peu révolutionnaires. Il faut aller à Shanghai pour avoir une véritable idée des artistes que représente cette galerie. Mais cela montre aussi sans doute le fossé qui sépare le marché chinois du marché international de l’art contemporain chinois.
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