Accueil culture Arts chinois En marge de la FIAC 2008 : Yang Yi, photographe des ruines urbaines
En marge de la FIAC 2008 : Yang Yi, photographe des ruines urbaines PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Duzan   
Samedi, 21 Novembre 2009 08:33
Originaire de Kaixian, Yang Yi est un artiste photographe qui se sert de son oeuvre pour exprimer la souffrance de tous les déracinés des Trois-Gorges...

Yang Yi 杨怡 est exposé, dans le cadre de la manifestation off  « Slick 08 », à l’espace 104, ce nouvel établissement artistique de la ville de Paris situé dans l’enceinte des anciennes Pompes funèbres municipales récemment restaurées, rue d'Aubervilliers, dans le 19ème arrondissement.

Il est représenté par la galerie Dix9 (située dans le Marais à Paris), création originale de deux passionnées de photographie et d’art contemporain, Michèle Zaquin et Hélène Lacharmoise, qui a débuté une programmation centrée sur « des artistes qui travaillent sur des sociétés en mutation, à la recherche du passé dans un monde en devenir ».

L’œuvre de Yang Yi se coule à merveille dans cette définition. Ce jeune artiste est né à Kaixian, en 1971, et vit aujourd’hui à Chengdu, au Sichuan. Or Kaixian est situé, dans la zone métropolitaine de Chongqing, non loin du fameux barrage des Trois-Gorges, immortalisé par le film de Jia Zhangke « Still Life » (三峡好人), mais aussi par son documentaire, filmé parallèlement, sur les peintures monumentales réalisées in situ par son ami Liu Xiaodong, et qui ont d’ailleurs depuis atteint des cotes mirifiques aux ventes aux enchères.

D’autres documentaires moins connus ont également pris l’engloutissement des berges du fleuve comme thème, dont « Yanmo » (淹没) de Li Yifan, dont une version courte a été acquise par Arte qui l’a diffusée en avril 2006 sous le titre « Fengjie, la ville engloutie ».

Cependant, ces documentaires sont des reportages réalistes sur la destruction progressive des habitations menacées par la montée des eaux, et les conséquences pour les habitants. Les photos de Yang Yi sont d’une tout autre facture : elles ont une aura quasi onirique.

Il a d’ailleurs raconté qu’il avait conçu ces œuvres après un rêve qui l’avait laissé en sueur au petit matin : il avait rêvé qu’il se promenait dans les rues désertes du village de son enfance, revisitant son ancienne école, le vieux cinéma et les berges du fleuve où il allait se baigner enfant, sans pouvoir trouver âme qui vive…

Il est ensuite revenu sur les lieux avec son appareil photo, en 2005 ; puis, l’été 2006, il a remonté le fleuve en bateau, photographiant au passage des fragments de vie qui allaient disparaître. En 2007, il y est à nouveau revenu, et cette fois, il a eu le sentiment d’une lutte de vitesse contre le temps lui-même.

Il y avait des slogans partout sur les murs (« Détruisons la moitié de la ville en cent jours ») et de fait, les villes sur les bords du fleuve disparaissaient si vite qu’il s’en dégageait une atmosphère délétère de mort et de décomposition.

Ses photos sont le témoignage de cette atmosphère, bien plus qu’un simple reportage. Elles sont construites et travaillées, dans des couleurs ocres qui semblent gorgées de poussière, et donnent l’impression de ces villes rescapées d’un bombardement, après une guerre.

Mais, ici, il s’agit d’une œuvre humaine soigneusement planifiée. On peut ajouter que toutes les villes chinoises ont aujourd’hui, quelque part, des quartiers en totale restructuration qui arborent un peu le même aspect. En ce sens, ces photos peuvent être prises dans un sens plus général.

Mais, pour Yang Yi, il s’agit en outre d’une expérience personnelle dramatique : ces photos sont en quelque sorte le souvenir de son enfance, de ses racines, et traduisent un sentiment de désastre imminent et irrémédiable. Il a dit (et je traduis ses paroles) : « En 2009, [Kaixian] sera la dernière ville à être évacuée et submergée par les eaux du barrage, qui déracineront ainsi pour toujours ses habitants. Kaixian et les 1800 ans d’histoire de la ville de mon enfance seront rayés de la carte.
Je suis né là il y a 36 ans.
Ce jour-là, je me réveillerai englouti moi aussi.
»

La série est intitulée « Uprooted » (déracinés).


A voir sur le site de Slick l’œuvre exposée par la galerie Dix9, « Uprooted 08 » :
http://www.slick-paris.com/slick08/exposants04.html
(la photo de Yang Yi est la 1ère à gauche, cliquer pour agrandir)
 
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