| Le Parti communiste chinois depuis Tian'anmen 1989 : la survie grâce à l'adaptation |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Vendredi, 11 Décembre 2009 10:11 | |||
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Les événements de Tian'anmen en 1989 furent un traumatisme pour l'ensemble de la Chine, y compris le Parti communiste. A ce stade de son histoire, à une époque où de nombreux systèmes communistes s'écroulèrent ou disparurent dans le monde, le régime chinois décida qu'il était temps de s'adapter afin de survivre et garder sa mainmise...
Lorsque les chars quittèrent Pékin il y a vingt ans, au lendemain de la sanglante répression des manifestations de Tian’anmen, la partie la plus difficile commençait pour le Parti communiste chinois. S’il avait réussi à survivre, on pouvait légitimement se demander pour combien de temps, et ce d’autant plus que, aussitôt après, les régimes communistes de toute l’Europe centrale et orientale, puis l’Union soviétique s’effondrèrent comme un immense château de cartes.
Cependant, si les observateurs occidentaux se posaient des questions et échafaudaient des hypothèses, les scénarios alors imaginés allant de la chute du Parti à la démocratisation du système politique, rien de leurs prévisions ne se sont réalisées. Le Parti est toujours là, et bien là, réfutation silencieuse des arguments de tous ceux qui l’annonçaient perdu, réponse ironique à tous les donneurs de leçons, tel Bill Clinton, en 1998, déclarant lors de sa visite en Chine au président d’alors, Jiang Zemin, que réprimer la dissidence mettait la Chine « du mauvais côté de l’histoire ». C’est que le Parti lui aussi réfléchissait, et travaillait en coulisse … Vingt ans après : l’étonnante résilience du Parti communiste chinoisQuand je parle de résilience, je pense au concept, développé par Boris Cyrulnik, qui peut être défini comme un phénomène psychologique consistant, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l'événement traumatique pour le dépasser, par la réflexion et l’analyse.C’est exactement ce qu’a fait le Parti communiste chinois après les événements de Tian’anmen, et surtout après les traumatismes complémentaires que furent la chute des régimes communistes en Europe centrale et orientale, puis l’éclatement de l’Union soviétique. TraumatismesC’est le jour même de l’intervention de l’armée place Tian’anmen, le 4 juin 1989, qu’eurent lieu en Pologne des élections historiques qui devaient entraîner un processus en chaîne, ce qu’on a appelé « l’Automne des Nations ».Le mouvement polonais était parti du syndicat indépendant "Solidarność", créé en septembre 1980 dans les chantiers navals de Gdansk et allié à l’Eglise catholique (1). Le pouvoir communiste finit par concéder des élections parlementaires à la suite d’une table ronde historique ; le premier tour de ces élections (semi-libres) eut lieu le 4 juin 1989. C’était le premier pas d’une transition pacifique vers un système démocratique, consolidé par les élections parlementaires de 1991. Le mouvement se propagea ensuite à la Hongrie, puis à l’Allemagne de l’Est, où le Mur tomba le 9 novembre, à la Tchécoslovaquie où eut lieu la « révolution de velours » menée par Vaclav Havel, et enfin la Bulgarie. La Roumanie fut le seul pays du bloc de l’Est à ne pas avoir de révolution pacifique et à exécuter son chef d’Etat. En URSS, le Comité central du Parti communiste renonça au monopole du pouvoir le 7 février 1990. Les quinze républiques constituant l’Union tinrent dans les semaines qui suivirent des élections qui furent gagnées par les partis réformateurs ou nationalistes. L’Union se délita peu à peu. La Chine observait, comme tout le monde… puis se mit au travail. AnalyseComme l’explique le professeur américain David Shambaugh dans un livre très documenté, paru l’an dernier, « China’s Communist Party : Atrophy and Adaptation » (2), le Parti lança alors une vaste opération d’analyse historique des partis communistes, mais aussi d’autres partis au pouvoir, pour déterminer les erreurs commises par ceux qui étaient tombés ainsi que les qualités de ceux qui y étaient toujours, et en tirer les leçons.D’après David Shambaugh, les analyses chinoises sont beaucoup plus poussées que celles réalisées en Occident sur les mêmes sujets. Pour l’Union soviétique, par exemple, elles conclurent que le Parti communiste soviétique s’était peu à peu atrophié dès les lendemains de la mort de Staline. Gorbatchev avait donc hérité d’une situation intenable, et, si sa stratégie de réforme était fondamentalement correcte, il avait aggravé les choses en tentant de réaliser en même temps réforme politique et réforme économique. Les analystes chinois ne se limitèrent pas à l’étude de l’ex-Union soviétique et de l’ex-bloc de l’Est ; ils étudièrent aussi les Etats autoritaires d’Asie de l’Est, les révolutions d’Asie centrale , les systèmes corporatistes d’Amérique latine, et même quelques régimes autoritaires du Moyen-Orient, dont celui de Saddam Hussein, ou le modèle social-démocrate scandinave. Le travail s’échelonna sur quinze ans, et les conclusions définitives et officielles furent rendues seulement en 2004. Mais l’application pratique commença bien avant cette date, selon le principe darwinien, applicable à toutes les espèces, retenu comme leçon essentielle de toutes ces histoires : on s’adapte ou on meurt. ApplicationLe résultat ne fut pas une réforme, plutôt une réinvention radicale du Parti, accélérée après l’accession au pouvoir du tandem Hu Jintao/Wen Jiabao en 2004. Il s’agissait d’améliorer non seulement l’image et la légitimité du Parti, mais aussi sa capacité à gouverner ; l’idéologie céda le pas à des campagnes ciblées, surtout à partir de celle des « trois représentativités » de 2001. Si le Parti perdit quelque peu de son contrôle sur le pays, ce fut au terme d’une réflexion qui conclut à la nécessité de décentralisation du pouvoir.En même temps, le Parti procéda à un renouvellement complet de ses membres. Des armées de vieux serviteurs furent éliminés, des cadres exclus ; pour éviter le phénomène de gérontocratie soviétique, de nouvelles règles de mise à la retraite furent instituées. Au total, au cours des cinq dernières années, plus de la moitié des sièges du Comité central du Parti et du Bureau politique ont été renouvelés. Se maintenir au pouvoir dans les échelons supérieurs du Parti devient aujourd’hui plus difficile que dans bien des démocraties. De brillants technocrates furent recrutés, ainsi que des chefs d’entreprise, promus dignes représentants de la société chinoise la plus avancée. Les membres du Parti doivent suivre des périodes de formation, trois semaines par an, dans les quelque 2 800 écoles du Parti. La propagande restant un des piliers du système, le Parti, là aussi, a effectué un gros travail de réforme, et là à l’école des techniques occidentales de communication, de relations publiques et de marketing. Le vocabulaire officiel a été revu et modernisé, les médias sont savamment utilisés, y compris internet, pour modeler l’opinion, faisant au besoin d’une catastrophe naturelle une occasion de recueillement quasi-religieux et d’unité nationale, mais supprimant toute autre mauvaise nouvelle qui pourrait affecter le moral de la nation, en particulier en période de festivités, comme pour les Jeux olympiques. En guise de conclusionAu bout du compte, on voit émerger un Parti hybride, plus dynamique et évolutif qu’on a tendance à le penser généralement, et dont les réformes et les réussites ne sont pas seulement du domaine économique, comme on le présente aussi généralement.Il reste à voir comment ce Parti éclectique arrivera à faire face à ses principaux défis actuels : les disparités de revenus, les abus de pouvoir au niveau local, et surtout la corruption qui est la véritable plaie du régime… Comme en 1989, ce n’est pas tellement la démocratie que réclament la plupart des gens en Chine, mais la correction des injustices et l’amélioration de leur existence. A priori, le Parti a encore de beaux jours devant lui. (1) Un précédent qui n’est certainement pas en faveur des catholiques chinois. (2) David Shambaugh est professeur et directeur du ‘China Policy Program’ de l’Ecole Elliott de relations internationales de l’université George Washington. Il est aussi l’un des responsables des études de politique étrangère de la Brookings Institution.
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