| Les poèmes de Tian'anmen 1976 |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Samedi, 12 Décembre 2009 09:16 | |||
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Les poèmes anonymes, ou écrits sous des pseudonymes, déposés place Tian’anmen lors des manifestations à la mémoire de Zhou Enlai n’ont pas tous été perdus. Les étudiants de l’Institut n° 2 des langues étrangères de Pékin, un établissement qui avait des liens étroits avec Deng Xiaoping, en rassemblèrent un millier et en éditèrent une version ronéotypée qui commença à circuler sous le manteau après la chute de la Bande des Quatre. C’était une provocation ouverte envers Hua Guofeng.
L’un des poèmes les plus célèbres exprimait ainsi les sentiments de douleur et de révolte qui n’étaient devenus que plus forts avec l’espoir suscité par la chute des gauchistes qui avaient bloqué jusque là toute tentative de libéralisation du régime ; l’expression est indirecte, mais le message est clair : 欲悲闻鬼叫, yùbēi wén guǐ jiào J’entends hurler les démons du fond de ma douleur, 我哭豺狼笑。 wǒ kū cháiláng xiào les rires des loups et des chacals répondent à mes pleurs. 洒泪祭雄杰, sǎlèi jì xióngjié Offrant mes larmes à la mémoire du grand homme, 扬眉剑出鞘。 yángméi jiàn chūqiào je dégaine mon arme la tête haute.
Alors que montait la pression pour réviser le verdict des manifestations de Tian’anmen, une même pression s’exerçait pour obtenir une publication officielle des poèmes dont la publication était théoriquement interdite (ou du moins n’était pas autorisée). Une première offensive eut lieu alors que Hua Guofeng était en visite officielle à l’étranger, fin août 1978. Le magazine « La jeunesse chinoise », qui reparaissait pour la première fois après avoir été interdit pendant toute la Révolution culturelle, et qui faisait partie de la mouvance libérale de Hu Yaobang, prit l’initiative, dans son tout premier numéro du 11 septembre, de publier une sélection de poèmes, avec en couverture une photo de Hua Guofeng au milieu d’un groupe de jeunes. Stupeur au Parti. Le chef du département de la propagande, mis devant le fait accompli, se dépêcha de rappeler les numéros distribués, et en publia quelques jours plus tard une nouvelle version hâtivement remaniée, avec quelques pages sommairement rajoutées portant en exergue une inscription de la main de Hua Guofeng, griffonnée au stylo à bille. Cela donna lieu en octobre à un nouvel « incident » : « l’incident de la suspension du Journal de la jeunesse chinoise » (中国青年扣发事件). Tout cela donne une idée de l’intensité des luttes internes qui avaient lieu au sein du Parti. Mais l’histoire avançait, inexorablement. Fin novembre 1978, un communiqué de l’agence Chine nouvelle, repris par le Quotidien du peuple, annonçait que le Comité central était revenu sur sa position et avait déclaré les événements « révolutionnaires ». Du coup les poèmes l’étaient aussi, et cela ouvrait la voie à la publication. Quelques jours plus tard, le quotidien annonçait que Hua Guofeng en personne allait écrire le titre du recueil qui allait paraître. C’était une façon comme une autre de récupérer la situation. Mais il commit une dernière petite traîtrise : alors que le titre devait être « Anthologie des poèmes révolutionnaires de Tian’anmen », il « oublia » les deux caractères clés qui signifient révolution (革命)… Exemple Ces poèmes célèbrent Zhou Enlai sans le nommer, et jouent sur les mots pour manifester la douleur de sa perte et l’espoir qu’il représentait. En voici un très beau qui reprend les thèmes naturaliste de la poésie ancienne : 谁说您随晨风归,shéi shuō nín suí chénfēng guī, Quelqu’un dit que vous êtes revenu au petit matin, porté par le vent, 亲眼见您入红梅。qīnyǎn jiàn nín rù hóngméi. Et qu’il vous a vu, de ses yeux vu, vous fondre dans un prunier du Japon. 千里风霜质文硬,qiānlǐ fēngshuāng zhì wényìng, Les longs frimas forment les natures fortes, 万丈冻崖骨花飞。wànzhàng dòngyá gūhuāfēi. Sur l’immensité des falaises glacées volent des pétales de cendre. (1) 劲枝怒迸蓓蕾放,jìnzhī nùbèng bèilěi fàng, Sur les branches vivaces, les boutons qui s’ouvrent sont ceux de la colère, 清香万般洒南北。qīngxiāng wànbān sǎnánběi. Exhalant partout alentour mille senteurs légères. 一日春暖万花开,yírì chūnnuǎn wànhuākāi, Une journée de douceur printanière, voilà des milliers de fleurs ouvertes, 您在花丛笑微微。nín zàihuācóng xiàowēiwēi. et vous, au milieu de ces fleurs, souriez doucement. (1) allusion aux cendres de Zhou Enlai qui avait demandé à être incinéré et dont les cendres furent dispersée au vent.
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