| Le système des clés des caractères chinois enfin unifié |
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| Écrit par Eugène Zagrebnov | |||
| Jeudi, 10 Décembre 2009 14:12 | |||
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Rechercher le sens d'un caractère chinois sans passer par sa transcription phonétique s'avère une tâche complexe, et cela autant pour les Chinois que les étrangers. Le phénomène est dû à la complexité du système des clés des caractères, lequel va donc être simplifié à partir du 1er mai 2009.
Si vous êtes ne serait-ce qu’un peu sinologue, vous avez déjà été confronté au problème de la recherche d’un caractère chinois dans un dictionnaire. Certains caractères sont très faciles à trouver. D’autres moins, car ils sont composés de plusieurs clés : on ne trouve pas forcement le même caractère sous la même clé dans chaque dictionnaire. Par exemple, d’après vous, quelle est la clé du caractère 章? Est-ce音 ou十? Le Ministère chinois de l’éducation et le Comité linguistique national ont enfin adopté une liste unifiée des clés et un système standardisé de recherche des caractères chinois. Une réforme, qui sera officiellement mise en application le 1 mai 2009. Un bref aperçu historique Le sinologue chinois qui avait proposé la toute première classification des clés des caractères chinois s’appelle Xu Shen (许慎)(58-147), et vivait à l'époque des Han orientaux (25-220). Dans son ouvrage Shuowen jiezi (说文解字), dont le titre pourrait être traduit comme «explication des caractères», il a classé 540 clés chinoises. Avec l’évolution des caractères chinois, l’écriture avait été simplifiée. Ainsi, à l’époque des Ming (1368-1644), dans le dictionnaire Zihui (字汇)on retrouve une liste de 214 clés. Le dictionnaire Kangxi zidian (康熙字典)de l’époque Qing (1644-1911) contient 214 clés également. Avant la parution de la 9e édition du Dictionnaire des caractères chinois Xinhua (新华字典)en 1998, certains dictionnaires avaient une liste de 189 clés, d’autres 214. Par ailleurs, la liste des clés des grands dictionnaires publiés entre 1979 et 1999, comme le Dictionnaire de la langue moderne (现代汉语词典)ou l’Encyclopédie Cihai (辞海), était composée de 250 clés. La dernière reforme des clés date de 1983La première tentative de moderniser la classification des clés avait été faite en 1983. Cette année là, le Comité des réformes de la langue et le Comité national de l’édition ont adopté ensemble un projet du Tableau unifié des clés 《汉字同一部首表(草案)》qui a servi de base pour la publication des livres de langue du Ministère de l’éduction de la RPC et de tous les dictionnaires de langue qui ont été publiés depuis les 20 dernières années.Cette unification proposait une liste composée de 214 clés, avec les clés principales et dérivées (qui résultent de la simplification des caractères chinois), classées en fonction du nombre de traits. Ainsi, pour trouver le caractère 说, il fallait trouver la clé dérivée de la parole 讠(composée de 2 traits) et pour le caractère 誊, il fallait trouver la clé principale de la parole 言(composée de 7 traits). Mais selon les dictionnaires, la liste des clés variait tout de même, avec par exemple 226 clés pour le dictionnaire chinois-français édité par la maison d’édition Commercial press (商务印书馆出版社).
Un autre problème, les dictionnaires chinois des langues étrangères contenaient une liste de caractères classée comme « autres » (余类). Cette liste regroupait les caractères qui étaient difficiles à classer en fonction des clés, comme 乡,屯 ou 叛, classés respectivement sous les graphèmes 乛, 一, et 八 dans les dictionnaires chinois-chinois. Le projet du Tableau unifié des clés a été notamment appliqué à la 5e édition du Dictionnaire de la langue moderne, la 10e édition du Dictionnaire des caractères chinois Xinhua, et à l’annexe de la Bibliothèque nationale chinoise (国家图书馆). L’inconvénient de cette réforme, autant pour les élèves que pour les professionnels de la langue, c’est que 20902 caractères chinois qui sont composés de plusieurs clés étaient difficiles à trouver. Par exemple, le caractère symbolisant la province du Jiangxi, 赣, pouvait être trouvé sous 2 clés différentes en fonction du dictionnaire, à savoir 立 et 音. Une réforme facilitant l’utilisation des outils linguistiques Selon Li Xin, qui est chargé de cours de langue chinoise à l’école primaire Yangtianhu à Changsha, le système unifié permettra aux élèves de mieux maîtriser le système des clés, car jusqu’à présent, certains d’entre eux étant découragés par la recherche des caractères dans le dictionnaire, préféraient demander le pinyin (la prononciation) à leurs professeurs, plutôt que de les chercher eux-mêmes avec la liste des clés. La réforme, élaborée par le Ministère chinois de l’éducation et le Comité linguistique national concerne 2 formes d’unification : celle du Tableau des clés chinois (《汉字部首表》) et celle des Normes de classification des clés chinois GB13000.1(《GB13000.1字符集汉字部首归部规定》). Le Tableau des clés chinois, basé sur la réforme de 1983, résout les problèmes du nombre des clés, en proposant un système unifié avec 201 clés principales et 99 clés dérivées. Par ailleurs, il fixe l’ordre des clés, et pour trouver une clé dérivée, il faut commencer à chercher à partir de la clé principale. Par exemple, pour trouver un caractère avec la clé des 3 gouttes d’eau (氵), il faut commencer à chercher à la clé principale de l’eau (水). Les Normes de classification des caractères chinois, nécessaires pour les documents écrits, mais aussi pour les systèmes de traitement de texte et les glossaires de recherche des mots, seront désormais unifiés, et cela évitera une perte du temps aux professionnels. Voici en quoi consistent ces normes. Premièrement, on pourra trouver le caractère d’après la clé de sa partie gauche, supérieure ou extérieure. Ainsi, pour le caractère 彬, la clé sera 木, et pour le caractère 闻, la clé sera 门. Deuxièmement, s’il n’y a pas de clé en haut et à gauche, c’est la clé en bas ou à droite qui prévaut. Par exemple, pour le caractère 颖, la clé sera 页, et pour le caractère 染, la clé sera 木. Dans tous les autres cas, on peut trouver la clé en passant en revue d’abord la partie supérieure, ensuite la partie inférieure du caractère, et faire la même chose avec d’abord la partie gauche, ensuite la partie droite. Par exemple, pour 赜, la clé est 贝, et pour 赢, la clé est 月. Enfin, si l’on ne trouve pas de clé dans un caractère, ce sont les clés à un trait, comme 一 (pour 畅) ou 丨(pour 彧) qui pourront aider à le trouver dans le dictionnaire. Par ailleurs, dans le cas ou un caractère est composé de plusieurs clés, il faut le chercher à la clé qui est composée du plus grand nombre de traits. Par exemple, le caractère 赣 contient les clés丶(1 trait) , 亠 (2 traits), 立 (5 traits), et 音 (9 traits), mais c’est à音, qu’on le trouvera. Donc, dans le cas de 章, c’est bien la clé 音 qui prévaut. Ainsi, en près de 5000 ans d’écriture chinoise, la Chine obtiendra enfin un système unifié de recherche des caractères. Un petit pas pour la société chinoise qui maîtrise déjà la langue, un grand pas pour tous les étrangers qui sont en train d’étudier le chinois, et qui trouvent le système de clés très compliqué.
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