Accueil culture Livres Livre : 'Mon cher Andreas...' de Long Yingtai, une réfléxion sur la relation parent-enfant
Livre : 'Mon cher Andreas...' de Long Yingtai, une réfléxion sur la relation parent-enfant PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Eugène Zagrebnov   
Jeudi, 26 Novembre 2009 04:44

Livre : 'Mon cher Andreas...' de Long Yingtai, une réfléxion sur la relation parent-enfant

Une correspondance épistolaire ayant duré 3 ans, 35 lettres au total entre une mère, Long Yingtai elle-même, et son fils Andreas : voici la recette du livre «Mon cher Andreas», publié en 2007, une réfléxion sur les relations entre les parents et leurs enfants.
La littérature chinoise moderne est dans une impasse créative. Les héros des romans chinois contemporains sont excessifs, surréalistes et le sujet manque souvent d’entrain et d’originalité, ce qui ne donne pas envie de continuer à lire le roman.

Au palmarès des 10  romans les plus populaires qui est publié tous les dimanches par  le journal Xinjingbao (新京报), il y a généralement 2 à 3  romans étrangers parmi les 5 premiers (la semaine dernière c’était Twilight de Stéphanie Meyer et Les cerf-volants de Kaboul de Khaled Hosseini).

Voilà pourquoi la parution d’un livre qui balance entre le sujet sentimental et la vie quotidienne attire tout de suite l’attention des lecteurs chinois, et celle des lecteurs occidentaux qui lisent le chinois.

Un recueil de correspondance mère-fils

La femme écrivain taïwanaise Long Yingtai (龙应台)a publié en 2007 un recueil de correspondance avec son fils qui s’intitule Qinaide Andelie (亲爱的安德烈)(Mon cher Andreas). L’ouvrage a paru ensuite à Hongkong et Singapour où il avait connu un succès fulgurant. C’est maintenant le tour des lecteurs de la Chine Continentale de découvrir cet ouvrage.  

Un sujet où les héros sont obligés de garder leurs secrets sans pouvoir vraiment les dire l’un à l’autre est très touchant. C’est exactement ce qui arrive aux deux co-auteurs de Mon cher Andreas, Long Yingtai et son fils Andreas Walter.

La mère quitte l’Europe et rentre à Taïwan lorsqu’Andreas n’a que 15 ans. Long Yingtai, ayant de plus en plus de mal à comprendre son fils qui grandit en Europe avec son père propose alors à Andreas de communiquer par lettres écrites pour pouvoir se rapprocher de lui.

Leur entretien épistolaire a duré 3 ans, entre 2004 et 2007, et ces 35 lettres avaient été partiellement publiées par un journal taïwanais au fur et à mesure qu’elles étaient écrites.

Presque étrangers...

Au départ, la mère et le fils apparaissent comme deux étrangers que tout oppose. « Nous appartenons à deux générations différentes » (“我们是两代人”), explique Long Yingtai, « Nous avons 30 années qui nous séparent. Et en plus, nous sommes des personnes de deux pays  différentes, séparés par l’est et l’ouest »(“(我们)中间隔个三十年 。我们也是两国人,中间隔个东西文化”).

Effectivement, la langue que la mère parle le mieux, c’est le chinois, alors que la langue maternelle de son fils, c’est l’allemand. La mère reproche à son fils de ne pas concrétiser ses propos, alors que le fils lui reproche de trop rentrer dans les détails. La mère essaie de connaître la personnalité de son fils par le biais de cette correspondance, alors que pour son fils, ces entretiens avec sa mère sont un moyen de reconstituer un maillon de communication qui s’était perdu avec le temps.

Les deux personnages évoluent au cours de ces 3 années, mais pas comme chacun d’eux aurait souhaité. La mère est très concise et ordonnée dans sa façon d’argumenter, avec un exemple à l’appui pour chaque argument qu’elle avance dans ses lettres (on voit bien lequel des deux est écrivain).

La découverte de l'autre

Son fils en revanche est chaotique et excessif dans ses propos. Son raisonnement, bien qu’il évolue pendant les 3 années de correspondance, pourrait se résumer à la devise  sexe, drogue et rock’n’roll, une allusion à une méthode de vie épicurienne, avec la joie qu’on peut puiser dans ce qu’on aime faire, le rock’n’roll étant une façon de s’exprimer, un exutoire.

Andreas arrive toutefois à exprimer clairement ce qu’il pense et ce qu’il veut, en proposant au lecteur (sa mère) des sujets de réflexion. Par exemple, dans certaines situations, il faut faire preuve de courage et dans d’autres, il faut de la sagesse (“有些问题需要的是勇气,有些,需要智慧”). Mais dans quelles situations il faut aller de l’avant, et quelles sont les situations où il est mieux de faire preuve de retenue ?

Un exemple, comment réagir face à  une personne qui n’a aucun savoir, mais qui essaie de vous apprendre à vivre (“我实在受不了无知的人假装的知识,还要来对你的指指点点”). Andréas, un enfant gâté qui commence chaque lettre par « je suis revenu de… »  suivie du nom d’une nouvelle destination exotique, un enfant qui s’habille en Ralph Loren, finit par devenir un personnage attachant, qui a des problèmes psychologiques et sentimentaux comme tout le monde, et développe même un complexe d’infériorité, car il trouve ne pas mériter tout ce qu’il possède.

Sa maman, une femme avec une très riche expérience de vie a voyagé encore plus que son fils. Mais à sa différence, elle est une self-made woman. Née dans un village de pêcheurs au sud de l’île de Taïwan, devenue aujourd’hui une littéraire respectée, Long Yingtai a connu le Taïwan pauvre des années 70, la Chine d’après la Révolution culturelle, les Etats-Unis avec le mouvement hippie, et la RFA la veille de la réunion avec la RDA.

Ses lettres sont touchantes par leur simplicité, profondeur et paradoxe. La vie pour elle est construite autour de deux genres de morales(道德): une qui est passive, et une autre, qui est active.

La morale passive, c’est le respect de certaines règles de la société : économiser l’énergie, mener un mode de vie simple, ne pas limiter la liberté des autres. La morale active, c’est la possibilité d’intervenir pour changer sa vie ou celle de son entourage en vertu des morales passives, comme l’aide au moins défavorisés, etc…

Une réflexion universelle

La correspondance entre la mère et le fils finit par les rapprocher car ils ont beaucoup de choses en commun. Ils se posent les mêmes questions sur leur identité nationale, mais pour des raisons différentes.

Long Yingtai ne voit pas en quoi Taïwan est culturellement différent de la Chine continentale alors que l’Allemagne n’est pas une « patrie » pour Andreas. L’absence des valeurs nationales leur permettent de ne pas faire de référence à des valeurs culturelles, chinoises, ou occidentales. Ce qui reste de chinois dans leurs rapports, c’est leur respect mutuel.

Long Yingtai a essayé de se défaire d’un rôle d’une mère traditionnelle chinoise, et c’est un pari réussi. Elle trouve que dans de nombreuses familles chinoises, au fur et à mesure que les enfants grandissent, un écart se creuse entre les générations et la discussion entre les enfants et les parents se limite à des questions primitives, comme, Est-ce que tu as mangé ? ou Est-ce que tu as fait tes devoirs ?

Mais cet amour n’est pas l’expression de la  sympathie mutuelle, il ne veut pas dire qu’on connaît l’autre(“但是,爱,不等于喜欢,爱,不等于认识”), précise Long Yingtai dans l’introduction.  

Les parents considèrent souvent que les enfants doivent faire tous les efforts et les compromis nécessaires pour communiquer avec eux. Ici, c’est le contraire : la mère a décidé de pénétrer dans le monde de son fils pour pouvoir mieux le comprendre.

Un travail  difficile, intéressant pour elle et intéressant pour le lecteur. Long Yingtai découvre qu’elle s’inquiétait en vain pour son fils et réussit à prendre du recul par rapport à ses affirmations. Une chose qu’on peut très facilement conseiller aux autres, mais qu’on a du mal à adopter par rapport aux membres de sa propre famille…
 
Bookmark and Share
Accueil culture Livres Livre : 'Mon cher Andreas...' de Long Yingtai, une réfléxion sur la relation parent-enfant
billet avion
L'humour français et l'Empire du milieu

article thumbnail

Les Français et les Chinois aiment à plaisanter. Pour autant, ce qui fait rire les uns ne fait pas forcément rire les autres… surtout lorsqu’on touche à un élément essentiel de la culture ch [ ... ]


Sélection de clips vidéos : Eason Chan, le troisième dieu de la chanson

article thumbnail

Considéré à Hong Kong comme le troisième dieu de la chanson après Samuel Hui et Jacky Cheung, Eason Chan est aujourd'hui l'une des plus grandes stars du monde chinois. Le jeune homme chante aussi [ ... ]


Eason Chan, dieu de la chanson hongkongaise

article thumbnail

Depuis 1997, la grande star de l'industrie musicale hongkongaise s'appelle Eason Chan. Commercial autant que critique, le succès de ce chanteur est total dans l'ancienne colonie britannique, mais aus [ ... ]


La leçon de mandarin par Hui, 47

article thumbnail

Cette semaine, notre professeur de chinois vous enseigne une formule de politesse qui devrait plaire à vos beaux-parents, surtout s'ils sont chinois...    


La leçon de mandarin par Hui, 46

article thumbnail

Cette semaine, notre professeur de chinois vous enseigne une chose essentielle : demander l'heure, de la manière la plus polie qu'il soit.


Annuaire Asie (Japon, Chine, Inde, Coree, Vietnam, Thailande, Cambodge, Laos, ...) < > L'actualité du Japon et Japon insolite