| Le Rêve dans le Pavillon Rouge : le grand chef d'oeuvre de la littérature chinoise |
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| Écrit par Nicolas Jucha | |||
| Samedi, 12 Décembre 2009 23:11 | |||
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Rédigé au XVIIIe siècle par Cao Xueqin, «Le Rêve dans le Pavillon Rouge» fait partie des quatre grands romans classiques chinois, et est souvent présenté comme une référence de la littérature mondiale. Il raconte la prospérité puis la décadence d'une puissante famille chinoise sous la dynastie Qing.
Fiche du romanNom français : Le Rêve dans le Pavillon Rouge
Nom chinois : 紅樓夢, Hóng lóu mèng Nom anglais : A Dream of Red Mansions/Dream of the Red Chamber Ancien nom : The Story of The Stone (石头记 Shítóu jì) Auteurs : Cao Xueqin (80 premiers chapitres), Gao E (40 derniers chapitres) A noter-le titre du livre fait référence à un rêve du personnage principal, qui se rend dans un lieu «enchanté» où les destinées de douze femmes de son entourage sont écrites sur des registres.
-l'ancien titre fait quant à lui référence à une pierre surnaturelle évoquée dans le début du roman, dont l'esprit se serait incarné sous les traits du personnage principal Jia Baoyu. -la version originale fut écrite en chinois classique vernaculaire, et les dialogues entre les personnages seraient essentiellement basés sur le dialecte pékinois du chinois mandarin. L'un des quatre grands romans classiques chinois La littérature classique chinoise est souvent présentée comme dotée de quatre grands chefs d'oeuvre (四大名著 sì dà míng zhù) : «Histoire (ou Roman) des Trois Royaumes», «Au bord de l'eau», «Le Voyage en Occident» et «Le Rêve dans le Pavillon Rouge».Parmi ces différents trésors littéraires, le dernier cité se distingue sur plusieurs points notables. Il est d'une part le plus récent sur le plan chronologique, et d'autre part le seul à avoir une intrigue basée sur l'aspect social plutôt que guerrier. Rédigé dans le courant du XVIIIe siècle, «Le Rêve dans le Pavillon Rouge» décrit avec une précision remarquable la vie et les moeurs d'une puissante famille de l'aristocratie chinoise de l'époque. Sa valeur réside notamment dans la profondeur psychologique de ses personnages, polarisés autour du jeune Jia Baoyu, un garçon à la destinée hors du commun. Pour beaucoup d'observateurs, cette oeuvre n'est pas seulement l'une des références de la littérature chinoise : il s'agit de l'un des récits narratifs les plus aboutis à l'échelle mondiale. Attribué à Cao Xueqin, qui en aurait écrit les 80 premiers chapitres conservés jusqu'à aujourd'hui, «Le Rêve du Pavillon Rouge» est plus qu'un roman : c'est une source d'informations très riche sur la société chinoise sous la dynastie Qing, ainsi qu'une réflexion visionnaire sur les traditions et modes de pensée de l'époque. A travers ses personnages -probablement inspirés de la vie même de l'auteur- «Le Rêve du Pavillon Rouge» réfléchit à la notion d'esclavage face à la liberté, de mariage arrangé face à l'amour, de respect de l'étiquette face à la réelle compassion... L'ouvrage, en dépit d'une longueur qui découragera les moins tenaces, s'impose donc comme incontournable pour tout amateur de littérature. L'oeuvre inachevée de Cao Xueqin A venir : la biographie complète de l'auteur«Le Rêve dans le Pavillon Rouge» est un chef d'oeuvre longtemps resté mystérieux et anonyme. L'intention de l'auteur était probablement d'éviter ainsi les persécutions de l'inquisition littéraire de l'époque. Ce n'est qu'à partir du XXe siècle, et l'analyse d'un spécialiste de l'ouvrage nommé Hu Shi, que la paternité du livre fut attribuée à Cao Xueqin. Seuls 80 chapitres écrits de sa main nous sont parvenus, et ils apparaissent non achevés. En raison de l'absence de réelle publication du livre jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, un doute subsiste : on ne peut dire avec certitude si Cao Xueqin décéda avant de terminer son ouvrage, ou si ses derniers chapitres furent perdus alors qu'ils circulaient sous formes manuscrites jusqu'à 1791. Cette année-là, Gao E et Cheng Weiyuan publièrent la première vraie édition : la version dite «Chenggao», qui transforma le titre du livre en «Le Rêve dans le Pavillon Rouge» alors qu'il s'intitulait auparavant «L'Histoire de la Pierre». Surtout, 40 nouveaux chapitres apparurent. Ceux-ci divisent les spécialistes : ils seraient l'oeuvre de Gao E (théorie la plus généralement acceptée), ou alors une transcription basée sur des manuscrits anciens de Cao Xueqin jusqu'alors introuvables. La différence qualitative entre les 80 premiers chapitres et les 40 suivants continue de faire débat quand à la légitimité de ces derniers comme finalité de l'intrigue de base. S'ils sont considérés comme «inférieurs» aux 80 qui ouvrent le roman, ils sont tout de même d'une grande qualité narrative et ont l'immense mérite d'offrir une conclusion digne de ce nom au travail colossal de Cao Xueqin. Un roman encyclopédique Le roman «Le Rêve dans le Pavillon Rouge» est considéré comme une mine d'informations sur la dynastie Qing. Il nous présente en détails des personnages issus de toutes les classes sociales de l'époque, nous décrit leur vie, rites, langages avec une extrême précision.Cet aspect vaut le surnom de «roman encyclopédique» à l'ouvrage de Cao Xueqin. Il permet en effet de mieux connaître les règles sociales de l'époque, les ouvrages philosophiques de référence, les subtilités de l'étiquette mais aussi de la gastronomie ou encore de la médecine. Cet aspect est à double tranchant : ce sens du détail donne une réalisme parfait au roman, mais en freine parfois la fluidité de lecture. C'est ainsi qu'est parfois proposé au lecteur de lire les prescriptions faites par les médecins à leur patient, les listes de fournitures réquisitionnées pour des banquets voire des proclamations officielles de l'empereur et son gouvernement... Tout dans le livre, des dialogues jusqu'aux descriptions détaillées des lieux -en particulier les chambres des cousines de Jia Baoyu- est source d'enseignements fiables sur la société chinoise, et principalement la couche aristocratique du XVIIIe siècle. L'intrigue : la vie d'une famille de l'aristocratie chinoise A venir : la présentation approfondie de l'intrigue L'intrigue du roman est «contemporaine » de son auteur, ce qui laisse à penser que ce dernier ce serait inspiré de sa propre expérience. Se déroulant en période de prospérité -au XVIIIe siècle sous la dynastie Qing- «Le Rêve dans le Pavillon Rouge» nous raconte la vie quotidienne de la puissante famille Jia. Divisée en deux grandes branches -la maison Rongguo et la maison Ningguo dont les immenses résidences sont voisines- le clan jouit des faveurs de l'empereur et entretient des liens étroits avec d'autres importantes familles comme les Xue, les Shi et les Wang. C'est grâce à ses glorieux ancêtres que la famille Jia possède ses titres de noblesse héréditaires ainsi que de puissantes relations au sein de la capitale impériale. Mais le manque de morale de certains hommes de la famille semble précipiter tout le clan vers une déchéance prochaine... L'histoire tourne essentiellement autour de Jia Baoyu. Fils de Jia Zheng et Dame Wang, il est né avec un morceau de jade dans la bouche, ce qui lui a donné son nom (Baoyu signifie Jade Précieuse). Sa famille considère ce signe comme annonciateur d'une destinée peu commune. Le jeune homme se révèle très différent des aristocrates de son temps : il préfère la compagnie des filles -cousines ou servantes- à celle des hommes, qui pour lui sont impurs, et au grand mécontentement de son père, il privilégie les écrits de Zhuang Zi et la poésie aux textes officiels confucéens. Le roman nous montre donc l'évolution de cet individu peu ordinaire, comment il essuie les critiques sévères de son père, reçoit les faveurs répétées de sa grand mère, ou encore entretient des relations amoureuses avec ses cousines Lin Daiyu et Xue Baochai, et même ses servantes Xiren et Qingwen. L'un des grands intérêts du livre réside dans la situation de la puissante famille Jia, qui va passer de la prospérité à la décadence, tout en traversant des luttes intestines mortelles dues aux jalousies entre épouses et concubines. Les personnages A venir : un dossier sur les personnages du romanL'un des aspects les plus remarquables du roman «Le Rêve du Pavillon Rouge» réside dans son grand nombre de personnages et le fait qu'ils aient tous une personnalité très bien définie et respectée par l'auteur du début à la fin du livre. On dénombre une trentaine de personnages dits principaux ainsi que plusieurs centaines d'autres dits secondaires. Le personnage central est donc Jia Baoyu, un symbole de sa famille depuis qu'il est né avec un morceau de jade dans la bouche. Brillant, intelligent, beau, sensible et compatissant, il a tout d'un homme modèle à notre époque, mais est l'objet des critiques acerbes de son père car il est peu enclin à partager le mode de vie aristocratique, à suivre les codes de conduites et à chercher des honneurs via un rang officiel. Pour lui, les jeunes filles sont l'incarnation de la pureté, qu'elles soient nobles ou simples servantes, et il méprise une grande partie des hommes et leurs ambitions : «Les filles sont composées d'eau, les hommes de boue. Je me sens propre et reposé quand je suis avec des filles mais je trouve les hommes sales et puants» se plaît-il à penser. Son seul réel plaisir, c'est d'aller voir sa grand-mère et sa mère, et surtout passer du temps avec les jeunes filles de son clan. Beaucoup ne voient en lui qu'un empoté, et ne se doute pas que sa destinée est extraordinaire. Autour de Baoyu, on retrouve donc des jeunes femmes, qu'elles soient membres de sa famille, cousines éloignées ou servantes... La large majorité des personnages du livre sont d'ailleurs de la gent féminine, et dégagent généralement une image moralement beaucoup plus noble que les hommes. On peut y voir une sorte d'hommage envers les jeunes filles de l'époque de l'auteur, obligées de se sacrifier à la volonté de leurs parents ou maîtres alors qu'elles ont chacune leurs propres rêves et aspirations, tandis que les hommes abusaient de leur position dominante pour laisser libre cours à leurs pulsions et envies. Les principales femmes de la vie de Baoyu sont Lin Daiyu, sa cousine et réelle âme soeur, Xue Baochai, autre cousine et future épouse, Xiren, sa principale servante et première concubine «officieuse» ou encore Qingwen, une autre servante avec qui Baoyu eut une relation forte. D'autres personnages ont également un rôle important dans la vie de la famille : les parents de Baoyu, sa grand mère, sa demi-soeur Tanchun ou encore sa cousine Wang Xifeng et son futur beau frère Xue Pan... Un roman visionnaire et universel Considéré assez largement comme la référence de la littérature chinoise, «Le Rêve dans le Pavillon Rouge» a été traduit dans 22 langues étrangères ainsi que 5 langues de minorités nationales chinoises. Il a été publié au Japon en 1793, deux ans après sa première publication chinoise, et pris pied en Europe dès 1830 avec une édition anglaise.Véritable microcosme de la société chinoise de l'époque, le roman a suscité de nombreux débats et interrogations, à tel point qu'est née une science lui étant consacrée : la Redologie. Celle-ci est toujours très active aujourd'hui. Dans une période où de nombreux romans parlaient d'amour et présentaient des idéaux de l'époque, «Le rêve du pavillon rouge » s'est distingué par son réalisme et la subtilité de ses personnages, qui ne représentent pas des êtres parfaits mais des personnes avec leurs qualités et défauts, forces et faiblesses. Le livre a également de quoi surprendre par sa qualité visionnaire et universelle : les aspirations des héros, en particulier Baoyu, transcendent les époques et limites géographiques. A titre d'exemple, la notion de mariage est revue sous un angle nouveau (pour l'époque), qui remet clairement en question les traditions d'unions d'intérêt au profit d'une apologie de l'union par amour. Ainsi, le chef d'oeuvre de Cao Xueqin préserve la même force plus de 200 ans après sa première publication, et il semble qu'il ne pourra pas la perdre...
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