| Le rap en Chine : un mouvement peu contestataire et finalement proche de la tradition |
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| Écrit par La rédaction d'Ici la Chine | |||
| Lundi, 07 Décembre 2009 13:22 | |||
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Alors qu'il puise son essence dans le besoin de protestation, le rap a pris une forme atypique en Chine : un courant musical très consensuel. Il s'apparente également à un art de la rime très traditionnel, le Kuaiban...
A voir : l'ensemble de notre dossier sur le rap chinois
Un rap par nécessité peu contestataireLe rap est par définition, un genre musical contestataire : il est né, avec le hip hop, dans des groupes marginaux américains qui souffraient de discrimination et vivaient dans des ghettos urbains pauvres et dangereux. C’était à l’origine une forme de résistance et l’expression d’un mouvement de protestation.En Chine, cet aspect a disparu. Non que le pays n’ait pas son lot d’inégalités sociales, mais il n’existe pas de culture contestataire, sauf dans quelques groupes estudiantins de temps à autre. Le rap chinois est donc beaucoup plus consensuel, plus calme : les « Dragon tongue », par exemple, ont été appelés les « rappeurs polis ». Ce que les rappeurs chinois expriment, c’est tout au plus la monotonie de l’existence, ou les difficultés et les luttes de la vie quotidienne. Ils préfèrent chanter l’amour et la paix, et les valeurs très chinoises d’honneur, de respect.. C’est du rap revu et corrigé à la sauce confucéenne. Il a perdu la tension qui caractérisait le rap des origines new-yorkaises. Evidemment, il faut garder en mémoire que le gouvernement contrôle strictement les médias, et que leur survie dépend de leur modération. On peut donc dire que, en un sens, le fait d’adopter le mouvement hip hop est déjà en soit un mouvement de résistance. Le contenu des chansons, cependant, doit rester conforme à la culture et aux valeurs consensuelles officielles. Il est d’ailleurs possible que le genre ne puisse vraiment jamais prendre totalement son plein essor à cause des restrictions à sa totale liberté d’expression. Il est cependant désormais démontré que ceux qui avaient prédit que le rap ne pouvait se développer en Chine parce que les caractéristiques tonales de la langue ne s’y prêtaient pas avaient tort. En réalité, des formes très semblables de jeu sur les mots et la langue, ses allitérations et ses consonances, ont existé depuis longtemps en Chine, dans un art traditionnel populaire qui lui est finalement très proche : le kuaiban. Un genre qui se rattache finalement à la traditionDe même que, lorsque Ang Lee a connu cet incroyable succès que fut « Tigre et dragon », les cinéastes de Hong Kong étonnés ont dit : mais on faisait ça depuis longtemps, bien des artistes en Chine pourraient dire de même : le rap, on fait cela depuis belle lurette.Cela s’appelle le kuaiban ((快板) : il s’agit d’une récitation modulée, rythmée par des claquettes en bambou tenues dans les deux mains, et qui se rattache à la tradition du 曲艺 qǔyì, art éminemment populaire qui inclut dialogues comiques et récits chantés, dans les dialectes locaux. Le « kuaiban » consiste en général en de courtes histoires, souvent drôles, jouant sur les mots, dont le récit, chanté sur un rythme qui peut varier, implique un jeu d’acteur qui le rapproche du théâtre populaire. En voilà deux exemples, par un maître du genre : 张志宽 Zhang Zhikuan. Le premier est intitulé 酒迷 jiǔmí, le buveur. C’est l’histoire d’un buveur invétéré qui est une suite de jeux de mots sur 酒 jiǔ, l’alcool, et divers mots qui se prononcent pareil. Le second est l’histoire d’une sauterelle et d’un criquet qui se vantent à qui mieux mieux ; survient un coq… http://www.youtube.com/watch?v=ACZ3Yor5Yhg&NR=1 On a toujours l’impression que la Chine a déjà tout inventé.
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