Classiques littéraires chinois : 'Au bord de l'eau', les exploits des 108 héros du Mont Liang PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Jucha   
Mercredi, 18 Novembre 2009 12:47

L'un des quatre grands romans chinois

«Au bord de l'eau» (Shui hu zhuan) fait partie des 4 grands romans classiques de la littérature chinoise. Inspiré par les récits de la tradition orale, ce livre raconte les exploits de 108 héros luttant contre la corruption des fonctionnaires de la dynastie Song. Un ouvrage à ne pas manquer pour les amateurs d'intrigues épiques.

Nom français : Au bord de l'eau

Nom chinois :  Shuǐ hǔ zhuàn  水浒传

Nom anglais : Outlaws of the Marsh, Water Margin ou encore All Men Are BrothersThe Marshes of Mount Liang

Auteur présumé : Shi Nai'an

L'un des quatre romans classiques de la littérature chinoise

Song Jiang assassine sa femme infidèle, car elle veut le dénoncer aux autoritésAu bord de l'eau (Shuǐ hǔ zhuàn 水浒传, littéralement «le récit des berges») est un roman d'aventures tiré de la tradition orale chinoise, compilé et écrit par plusieurs auteurs, mais attribué généralement à Shi Nai'an (XIVe siècle).

L'origine de ces récits épiques n'est pas clairement définie, et il existe plusieurs versions du livre tel qu'il nous est parvenu. Son influence sur la société chinoise est quant à elle très claire : le roman a inspiré de nombreuses expressions et proverbes courants en Chine, ainsi que l'intrigue de nombreux opéras.

L'ouvrage relate les exploits de 108 héros, révoltés contre la corruption du gouvernement et des hauts fonctionnaires de la cour de l'empereur. Les exploits de chacun, leur rencontre et leur combat commun sont racontés en détails.

Il fait partie des quatre (ou cinq si l'on inclut «Jin Ping Mei») grands romans classiques de la littérature chinoise (四大奇书) avec «Le Roman des Trois Royaumes», «Le Voyage en Occident», et «Le Rêve dans le Pavillon Rouge».

Il se dit que ce livre a été plus lu que la Bible ou le Coran. Son histoire est universelle grâce à son grand nombre de héros et leurs profils très variés.

Auteur : Shi Nai'an ou Luo Guanzhong ?

Il est difficile de déterminer avec certitude qui est l'auteur du livre. La compilation originale en 100  chapitres est attribuée à Shi Nai'an, mais certains pensent qu'il s'agit de Luo Guanzhong (auteur du Roman des Trois Royaumes). Shi Nai'an ne serait alors qu'un pseudonyme pour Luo Guanzhong lui-même.

Une autre hypothèse dit que Shi Nai'an (dont l'existence n'est pas certaine), aurait écrit les 71 premiers chapitres, et son élève Luo Guanzhong, aurait rédigé les 29 suivants.

Les faits historiques qui ont inspirés le récit

Song Jiang, le héros principal du livre, est inspiré d'un personnage historique ayant vécu sous la dynastie Song (960-1279). A la tête d'une rébellion, il avait tellement d'hommes à son service que les troupes impériales mirent plusieurs années à lui faire rendre les armes. Actifs dans la rivière Huai, la bande céda face à l'armée de l'empereur en 1121.

Les exploits de Song Jiang et ses 36 populaires lieutenants ont été relayés oralement et ont inspiré la trame du roman «Au bord de l'eau». Il est fait mention de cette bande dans «Song Shi» (宋史), un texte historique sur la dynastie Song qui fut compilé sous la dynastie Yuan.

Le livre attribué à Shi Nai'an ne serait donc qu'une compilation, ou nouvelle version, d'histoires sur Song Jiang et ses fidèles alliés, racontées dans les récits oraux et différents ouvrages au XIIIe siècle.

Les aventures des bandits de Song Jiang ont grandement gagné en popularité sous la dynastie Yuan : cela venait probablement ressentiment contre la dynastie mongole au pouvoir, et était permis par le fait que le livre critiquait ouvertement la dynastie Song.

Mais dans les faits, l'ouvrage est un appel plus général à privilégier l'honneur et la loyauté face à un régime corrompu.

L'intrigue du livre : 108 héros chinois agissant au nom de la volonté céleste

Wu Song, terrasse un tigre à la seule force de ses mains«Au bord de l'eau» retrace donc les exploits des 108 héros dont Song Jiang est le leader. Bien qu'imprégnés de valeurs morales et d'un courage sans faille, ils sont poussés l'un après l'autre dans la clandestinité par les cadres corrompus de l'administration de l'époque (fin de la dynastie Song du nord).

Le livre évoque l'histoire des différents personnages, leur rencontre, et la formation d'une armée dirigée par les 108 bandits. Certains passages sont devenus cultes, comme l'histoire de Wu Song tuant un tigre à mains nues puis vengeant violemment le meurtre de son frère, ou le vol des cadeaux d'anniversaire organisé par Chao Gai et les 7 premiers chefs du Mont Liang (梁山, Liáng Shān), le repère imprenable des 108 justiciers.

Vainqueur dans leur différents affrontements, les 108 héros arriveront un jour à obtenir une amnistie de l'empereur, chose que désire plus que tout leur leader Song Jiang. Ils se battront ensuite corps et âmes pour l'empire, obtenant ainsi certains honneurs et la sympathie du peuple. Mais comme toujours, des officiels corrompus et jaloux seront là pour leur nuire.

Les différentes versions du roman

La première version du livre est une compilation des histoires des différents héros attribuée à Shi Nai'an au XIVe siècle. Cette version compte 100 chapitres racontant la formation de la bande des 108 bandits, leurs batailles contre les armées impériales et leur soumission volontaire à l'empereur, avant de s'achever sur les guerres qu'ils vont mener pour ce dernier. Elle a été pour la première fois publiée au milieu du XVIe siècle.

Une édition signée Yang Dingjian (楊定見) compte 120 chapitres car elle inclut deux campagnes contre les rebelles  Tian Hu et Wang Qing.

Jin Shengtan, au XVIIe siècle, retravailla la version de Shi Nai'an. Son travail est vu comme ce qui perfectionna l'oeuvre initiale : il supprima les chapitres jugés inutiles pour réaliser une version en 71 chapitres jugées comme la plus aboutie. Mais le principal défaut de celle-ci est de se limiter à la formation du groupe des 108 héros, sans traiter de leurs dernières et tragiques aventures sous la bannière de l'empereur des Song.

La version la plus communément lue en Chine aujourd'hui est coupée de plusieurs scènes de corruption et d'anthropophagie, chose assez courante dans le roman...

Les 108 héros de Liangshan

Yan Qing le jeune prodige, fait honneur à la bande du Mont Liang en remportant un tournoi de lutteA voir : la liste des 108 héros

Dans la version de Jin Shengtan, les 108 bandits (105 hommes et 3 femmes) sont présentés comme l'incarnation de 108 démons libérés involontairement par le grand maréchal Hong, officier de l'empereur Ren Zong (dynastie Song).

Trente-six d'entre-eux sont liés aux astres célestes, soixante-douze autres, moins puissants, sont liés aux astres terrestres. Le premier groupe inspirera les meneurs de la rébellion, alors que le second fournira les rangs de leurs lieutenants.

Certains de ces bandits sont des criminels de profession, d'autres sont des officiers ou soldats loyaux envers l'empereur qui ont été injustement poussés dans l'illégalité par des fonctionnaires corrompus. Toutes les classes sociales se mélangent, du guerrier le plus rustique jusqu'aux lettrés et officiels les plus cultivés.

A ces héros, dont les plus marquants sont Song Jiang, Wu Yong, Lu Junyi, Gongsun Sheng, Lin Chong, Lu Zhishen, Wu Song, Hua Rong, Chai Jin, Li Kui ou encore Yan Qing, il faut ajouter Chao Gai. S'il ne fait pas partie des 108 héros désignés par une force céleste dans le roman, il est le personnage fondateur du mouvement de résistance au Mont Liang.

Le livre au Japon

Yang Lin par l'artiste japonais Utagawa Kuniyoshi L'histoire des 108 bandits de Liangshan a connu un grand retentissement au Japon, où de nombreuses traductions, puis nouvelles versions ont été éditées. La première daterait de 1757, sous le nom de Suikoden (traduction de «Au bord de l'eau» en japonais).

La version de Takizawa Bakin (Shinpen Suikogaden), en 1805, fut un énorme succès avec notamment des illustrations de Hokusai Katsushika.    

En 1827, le spécialiste de l'estampe sur bois Utagawa Kuniyoshi reçut la commande de ce qui allait être son premier grand ouvrage : «108 Heroes of the Water Margin» ou «Tsuzoku Suikoden goketsu hyakuhachinin no hitori», des estampes représentants les 108 héros...

De nombreuses autres séries suivirent la version de Kuniyoshi, lequel avait créé un réel engouement... Mais au fur et à mesure, les héros ont eu tendance à être assimilés à des Japonais plus qu'à des Chinois

Les traductions du livre

Le livre Au Bord de l'eau a été traduit dans de nombreuses langues. L'une des premières traductions en anglais fut l'oeuvre de la célèbre écrivain et sinologue américaine Pearl S.Buck, sous le titre «All men are brothers » en 1933. Le livre fut bien accueilli par le public américain mais critiqué pour ses imprécisions sur la transcription des noms et des surnoms des personnages.

La version de Sydney Shapiro, intitulée «Outlaws of the marsh », reste aujourd'hui l'une des références anglophones et se base sur la version en 100 chapitres de Shi Nai'an. C'est d'ailleurs cette version qui est publiée en 3 tomes par la Beijing Foreign Language Press

Liens avec la télévision et la littérature

De nombreuses adaptations télévisées du livre ont été réalisées en Chine continentale et à Hong Kong comme au Japon. Une série de jeux vidéos japonais nommée Suikoden a même vu le jour en 1995.
Certaines autres oeuvres et héros littéraires sont liés à des personnages du livre : dans «Story of Yue Fei» de de Qian Cai, auteur de la dynastie Qing, Lu Junyi et Lin Chong sont présentés comme des élèves du célèbre général de la dynastie Song Zhou Tong.

Wang Shaotang, avec «Swordplay under the moon» fera d'un autre héros du livre, Wu Song, un élève de Zhou Tong. Ce dernier est présenté dans le roman comme frère juré de Lu le Sage (Lu Zhishen).

Les chapitres XXIII à XXVII du roman «Au bord de l'eau», concernant Wu Song, fournissent la trame du roman classique chinois du XVIe siècle intitulé «Fleur en fiole d'or» (Jin Ping Mei Cihua).
 
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