Histoire : Jiang Ziya et l'histoire de l'état de Qi (partie 4)

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Histoire - Histoire
Écrit par Brigitte Duzan   
17-11-2008

Jiang Ziya Homme de confiance du roi Wu, Jiang Taigong fut nommé duc de Qi et eut pour mission de civiliser une large zone incluant le Shandong actuel, la Mandchourie et la Corée.

A lire : la partie précédente

L'aménagement du territoire vu par les Zhou

Les nouveaux liens de type féodal institués par les Zhou, qui venaient se substituer à ceux basés essentiellement sur les alliances matrimoniales existant jusque là, étaient destinés à mettre en œuvre une sorte d’organisation centralisée d’aménagement du territoire.

D’après le Zhouli, ou Rites des Zhou, la structure de l’Etat était centrée autour de la capitale, protégée derrière ses murailles. Autour s’étendaient les zones périphériques des jiao, la grande banlieue en quelque sorte. Et au-delà, c’était l’immensité sauvage, ou  ye, qu’il convenait de peupler et d’humaniser. Le principe fut d’envoyer les proches les plus fiables du roi dans les zones lointaines les plus exposées, et de garder dans les fiefs à proximité de la capitale ceux qui risquaient de se révéler des feudataires problématiques.

Pour s’en tenir aux fiefs les plus importants dans la mouvance proche de la couronne, l’allié le plus fiable du roi, son frère, le duc de Zhao, fut envoyé dans le nord-est, dans le fief de Yan, l’un des plus exposés à la menace barbare, celle des Di, au nord ; la défense de ce fief fut renforcée et sa mise en valeur facilitée par transfert de population de la région du Fleuve Jaune .

Le roi envoya son frère Gongdan établir le fief de Lu, à l’ouest du Shandong, pour surveiller l’Etat voisin de Song, créé pour les descendants de la famille royale des Shang, afin qu’ils puissent continuer à y célébrer les rites dus à leurs ancêtres (et que ceux-ci ne deviennent pas des « esprits affamés », dangereux pour les vivants). Quant au fief de Jin, plus à l’ouest, il revint au plus jeune fils du roi.

A la conquête de l'Est

En nommant Jiang Taigong duc de Qi, le roi Wu lui témoignait donc une extrême confiance et faisait d’une pierre deux coups : il casait une famille sur laquelle il pourrait compter et l’envoyait mettre en valeur une région encore quasiment vierge, à disputer aux barbares locaux, les Dongyi ou Yi de l’Est, qui occupaient alors, outre la zone du Shandong actuel, le territoire de ce qui correspond aujourd’hui la Mandchourie et la Corée.

Lorsque les Han généralisèrent la classification des barbares donnée par le Livre des Rites, le terme de Dongyi acquit une connotation péjorative. Cependant, les découvertes archéologiques de ces vingt dernières années tendent à montrer qu’ils seraient les descendants des brillantes cultures néolithiques basées dans le Shandong, les cultures successives de Beixin, Dawenkou, Longshan et Yueshi, contemporaines des cultures du bassin du Fleuve Jaune, ce  zhongyuan, ou plaine centrale, que la doctrine officielle a longtemps accepté comme seul berceau de la civilisation chinoise. […]

Les victoires de Jiang Taigong sur les Dongyi lui permirent d’étendre son territoire vers l’est, jusqu’à la mer : pour la première fois, dit un texte, la nation chinoise s’est émerveillée de l’immensité de la mer…  Le vieux stratège est présenté comme ayant été aussi un excellent administrateur, favorisant la croissance économique de son fief, et, faisant preuve de tolérance envers le mode de vie et les coutumes des Yi, facilitant ainsi leur intégration.

L'assimilation des Yi à l'état de Qi

C’est d’une beauté quasi biblique, la réalité a dû être plus rude et plus complexe. L’intégration des Yi fut sans doute facilitée par le fait qu’ils étaient semi-sédentaires, mais il y a certainement eu un double processus d’acculturation, comme il advient à tout conquérant : assimilation des peuplades locales, mais aussi, en retour, assimilation culturelle des nouveaux arrivants par leurs prédécesseurs, renforcée par les mariages mixtes.

Il est frappant que Confucius, au début du sixième siècle, ait dit pour défendre l’action de Guan Zhong, premier ministre de Qi au septième siècle, que, sans lui, les gens de Qi auraient fini par boutonner leurs vêtements sur la droite, c’est-à-dire comme le faisaient les barbares, ce qui laisse entendre que l’assimilation des Yi n’était pas chose aussi évidente que certains textes le disent.

On peut même considérer que les Yi ont été un atout important pour le développement initial de l’Etat de Qi, en contribuant à son aguerrissement, sans doute, mais surtout en lui fournissant une population déjà sédentarisée, plus facilement assimilable que les nomades du nord ou de l’ouest.

Le nouveau fief possédait d’abondantes ressources naturelles - non seulement un riche potentiel agricole dans une zone au climat tempéré et aux terres alluviales fertiles, mais aussi le sel et le poisson (plus tard le fer) - dont l’exploitation fut facilitée par l’existence d’une main-d’œuvre locale importante.

Le facteur démographique était à l’époque un facteur positif, les hommes étant aussi importants du point de vue militaire que du point de vue économique, et la puissance d’un Etat se mesurant en nombre de chars, de villes fortifiées… et d’hommes. Les Entretiens montrent Confucius arrivant un jour au pays de Wei et s’exclamant, tout à son admiration devant un tel potentiel: « Quelle population nombreuse ! ».

Le développement de l'état de Qi

Les Mémoires historiques de Sima Qian prêtent à Jiang Taigong une action vigoureuse dans le domaine économique : « Se conformant aux coutumes locales, il simplifia les rites, favorisa les réseaux de marchands et d’artisans et développa les profits tirés du poisson et du sel. Ainsi les gens affluèrent à Qi et Qi devint un grand pays ». Les données archéologiques recoupent ici aussi la tradition : Qi apparaît en effet comme l’un des premiers Etats chinois à avoir fait une utilisation relativement étendue de proto-monnaies de bronze, en forme de couteaux.

Ces atouts conjugués expliquent, au moins partiellement, pourquoi, vers le début du huitième siècle avant J.C., les ducs de Qi devinrent si puissants qu’ils finirent par se poser en protecteurs attitrés d’une royauté réduite à la détention d’un pouvoir nominal, mais toujours légitimé par la possession du mandat du ciel. …

                        (Extrait d’un ouvrage en préparation sur Guan Zhong,
                        premier ministre du duc Huan de Qi, par Brigitte Duzan)
 
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