| Interview : rencontre avec Matthieu Wolmark, le défenseur du cinéma chinois en France (Partie I) |
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| Écrit par Pascaline Vallée | |||
| Mercredi, 09 Décembre 2009 11:01 | |||
![]() Matthieu Wolmark est le directeur artistique et l’organisateur du Panorama du cinéma chinois de Paris, qui s’est tenu cette année du 3 au 10 décembre. Pour Ici la Chine, il revient sur une édition 2008 encourageante malgré un contexte de brouille diplomatique. Un bilan culturel et politique qui dépasse le simple cadre du festival.
Ce qui m’intéresse chez quelqu’un, c’est sa différence.Ici la Chine : Pourquoi et pour qui est né ce festival ?
Matthieu Wolmark : Je pense que « pour qui » va répondre à la question « pourquoi ». Je vais régulièrement en Chine depuis maintenant 14 ans. Ces voyages m’ont permis de connaître le pays, en tout cas une partie, d’y lier des amitiés, de rencontrer des gens, des difficultés comme tout le monde, mais surtout de disposer d’un temps assez long pour voir combien la Chine avait évolué, combien l’image que l’on en avait en Occident était faite de fantasmes, à la fois post-colonialistes, post-révolution culturelle et généraux. Nous avons une vision excessivement anecdotique de ce pays. Depuis trois ans, je fais la « promotion » du cinéma chinois en France, avant tout pour montrer que Chinois et Français sont tous des êtres humains. Je crois qu’à travers le cinéma et la culture, on peut beaucoup plus efficacement que par un long discours faire apparaître ce qui nous ressemble et, surtout, ce qui nous sépare. Car la démarche est surtout d’aller à la rencontre de l’Autre, en étant fidèle à ce qu’on oublie peut-être trop maintenant : les principes de la République, des Lumières, Comment être persan de Montesquieu… Ce qui m’intéresse chez quelqu’un, c’est sa différence. Le Panorama est donc né de cette volonté de faire se rencontrer le public, les professionnels et les institutionnels, car le cinéma ne peut pas fonctionner sans ces trois entités. Le Panorama a un niveau culturel très fort, y compris patrimonial, parce que le cinéma chinois commence en 1905 avec quelques merveilles, et aussi un côté contemporain, parce que la Chine produit de plus en plus de films, ce qui n’était pas le cas avant. Après la révolution culturelle, au début de l’ouverture économique, elle produisait peu de films. L’industrie n’était pas encore en place comme maintenant. Officiellement, 402 films ont été produits l’année dernière. ILC : Depuis combien de temps cet essor se ressent-il ? MW : Quatre ou cinq ans. Avec l’économie de marché, un modèle « occidental » entre en Chine, avec les nécessités nouvelles d’avoir du « divertissement » comme on dit et de créer une industrie. Du temps de Mao, 24 studios tournaient. Avec l’ouverture économique, ils ont été confrontés à la rigueur et tournaient de moins en moins. L’état a alors voulu établir, pour des raisons à la fois économiques et politiques, une industrie nationale de cinéma.Il y a 3500 écrans en Chine, contre 5000 en France et 38 000 aux Etats-Unis, sans compter les driving. De manière strictement économique, il est évidement important pour l’Etat chinois de voir là un secteur à développer, qui va d’ailleurs suivre l’évolution du pays, car en Chine les cinémas sont toujours intégrés dans un ensemble de commerces. C’est un concept paradoxalement plus américain qu’européen. ILC : Il y a un accord en passe d’être signé entre la Chine et la France… MW : Oui. L’accord, en tout cas le voyage du ministre Wang Tai Hua [ministre de la Culture chinois, Ndlr.] a été repoussé tant qu’il souffle un vent froid diplomatique entre nos dirigeants. Ca fait trois ans que cet accord de coproduction cinématographique entre la France et la Chine est en phase d’écriture. C’est très compliqué dans une situation économique globale et professionnelle du cinéma qui ne va pas très bien. Les gens vont de moins en moins en salle et la piraterie en Chine empêche autant les cinéastes chinois qu’européens ou américains de vraiment vivre de leur production. Les films censurés sont diffusés sur Internet avant même leur sortie... Il y a à la fois une compréhension très fine des deux côtés des différences de système et de politique qui nous séparent et, je crois, une volonté d’aller de l’avant en terme de diversité culturelle, que le CNC met en avant en France depuis sa naissance. Les Chinois se sont aperçus que prôner la diversité culturelle leur permettait de réfléchir à comment développer une industrie sans se faire manger par les majors américaines. Nous ne parlons pas ici de politique, mais vraiment d’économie. Permettre aux cinémas français et chinois de s'entraiderILC : Quels sont les termes de cet accord ?
MW : Un film fait dans le cadre de cet accord de coproduction est considéré en Chine comme chinois et en France comme français. Ce qui veut dire qu’en France, les producteurs et coproducteurs bénéficieront du système de l’avance sur recette, du fonds de soutien du CNC…Pour les cinéastes chinois, cela représente des moyens financiers supplémentaires, mais aussi une porte sur l’Europe, professionnelle et artistique. En ce qui concerne le montage, sous-titres, bande-son… nous avons un certain niveau d’exigence qu’ils n’ont pas encore. C’est bien pour eux, d’autant plus qu’en Chine, sur les 400 films produits, un tiers n’est jamais montré, principalement pour des raisons de distribution. Sans compter que les blockbusters américains représentent comme partout presque 50% du box office national. Pour les cinéastes et producteurs chinois, cet accord représente une entrée commerciale dans le meilleur marché du monde (nous sommes quand-même beaucoup plus ouverts au cinéma étranger que les Etats-Unis). C’est également une respiration pour les Français, puisqu’il permettra de contourner le système des quotas pour pénétrer sur le marché chinois. ILC : Pouvez-vous nous expliquer ce système ? MW : Il y a en tout 50 films étrangers autorisés d’exploitation cinéma en Chine. On ne parle pas DVD ni télévision. Sur ces 50, 30 sont en flat deal, en forfait. Ceux-là sont achetés et diffusés, même s’il faut toujours passer par l’agrément. Ensuite, 20 films sont autorisés par an en partage de recettes sur le territoire chinois. Sur ces 20 films, 10 sont américains, 2 français et les 8 autres, du reste du monde. Ca ne peut donc pas générer beaucoup de profit. ILC : Et les accords vont influer sur ces quotas ? MW : Si le film est considéré comme chinois en Chine et français en France, on ne rentre plus dans la politique des quotas. A partir de ce moment-là, on accède beaucoup plus facilement à des financements locaux et à la distribution qui va avec. Les Chinois ne sont plus des paysans collectivistes qui comptent leurs bols de riz. Le budget d’Héros de guerre de Feng Xiaogang, présenté au festival, était de 10 millions de dollars. Ce sont des partenaires artistiques et financiers, qui sont plutôt ouverts, plutôt sympathiques, durs, comme nous, en affaire. Leur cinéma va du petit film d’auteur au blockbuster. Ils sont créatifs, ils ont une énergie, une manière de faire que nous avons oublié et qui nous ferait le plus grand bien, surtout en période de crise. J’ai programmé des films, qui à part un, ont dû coûter maximum 300 000 euros. ILC : Vous avez aussi espéré générer des rencontres, des partenariats… MW : C’est ce que nous allons faire l’année prochaine. C’était prévu et nous avons été obligés de reporter parce que l’accord n’a pas été signé. Nous n’allions pas faire se rencontrer des producteurs qui ont beaucoup de travail, pour rien. Les rencontres prévues ont été annulées, mais cela fait partie des dommages collatéraux de nos politiques de diplomatie commune. ILC : Il y a tout de même eu des rencontres, des discussions… MW : Oui, j’ai quand même organisé une rencontre avec Roland Husson, directeur des affaires internationales du CNC, Patrick Lamassoure, délégué général de Film France [La commission Nationale du Film France a pour mission de promouvoir les tournages et la post-production en France, Ndlr.], M. La Peikang, vice-directeur du Bureau du film et Yang Buting, président de China Film Promotion International, qui est sensé occuper les mêmes fonctions qu’uniFrance, pour qu’ils se parlent. J’ai emmené La Peikang à la Cinémathèque française pour qu’il visite le musée, qu’il voit comment on peut allier patrimoine, éducation et contemporain, comment traiter des archives avec des visites de classes…
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