| Interview : rencontre avec Matthieu Wolmark, le défenseur du cinéma chinois en France (Partie II) |
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| Écrit par Pascaline Vallée | |||
| Mercredi, 09 Décembre 2009 11:47 | |||
![]() Grand expert du cinéma chinois, dont il agit pour la promotion en France, et organisateur du Panorama du cinéma chinois à Paris, Matthieu Wolmark nous a accordé une interview exclusive. Seconde partie de cet entretien...
Honorer la culture chinoise en ce qu'elle a de chinoiseILC : J’imagine que le choix de la Cinémathèque pour accueillir la moitié du festival n’est pas anodin.
MW : Quelle meilleure place pour des chefs-d’œuvre du patrimoine que le temple du patrimoine mondial du cinéma ? Nous avions fait une première expérience l’année dernière avec la partie « Shanghai des années 30 et 40 », qui s’était bien passée. Là j’ai mis la barre un peu plus haut. Comme la situation diplomatique était difficile, il fallait agir à plusieurs niveaux, à commencer par un niveau « politiquement très correct », en disant : « Nous sommes la culture, il ne faut pas tout mélanger ». Pour cela il fallait prendre un thème qui honore la culture chinoise en ce qu’elle a de chinoise, et non en ce qu’on a envie de voir chez les Chinois. Il est très important pour moi d’arrêter le tourisme de la culture : les gens ont un cerveau, des goûts, ils sont curieux et il faut arrêter de leur mâcher le travail. De plus en plus de personnes sont intéressées par la Chine. Cela dit, c’était quand même un pari audacieux de faire en décembre une rétrospective sur l’opéra chinois, après Hopper, car on peut penser que ça ne va pas amener les foules. Et à ma grande joie, toute l’équipe de la Cinémathèque a dit : « On fonce. » ILC : Pourriez-vous nous donner les chiffres de la fréquentation ? MW : Selon les chiffres officiels, il y a eu un peu plus de 1300 entrées sur treize séances. Je suis ravi. Il est vrai que la sélection était extraordinaire, et nous avons fait un gros travail de préparation sur le catalogue, le site Internet, qui permettaient d’aborder l’opéra, de connaître un peu l’histoire de Chine… Notre fonction est aussi de montrer que l’histoire du cinéma sert le cinéma contemporain. Il faut aller puiser dans ce réservoir de talents. Il y a des films bons et des mauvais, des partis-pris… A partir de là, le spectateur dresse une grille de propagande et regarde le film avec cette grille-là. Il faut voir le talent des réalisateurs, des acteurs, et surtout ce que les films chinois nous racontent de la Chine. On s’aperçoit alors qu’on a une vision excessivement anecdotique de l’histoire chinoise, qui est quand même une des histoires les plus violentes et passionnantes du XXe siècle. La Seconde Guerre mondiale n’est mondiale que dans le terme. Combien de jeunes Français savent qu’il y a eu le massacre de Nankin, l’invasion japonaise… C’est important de montrer que l’histoire de la Chine, c’est avant tout une manière de voir le monde qui n’est pas la nôtre. "Un film n’est pas un pays, mais un réalisateur, un acteur…"ILC : Ces critères sont-ils intervenus surtout dans la sélection de la partie Perspective ?
MW : Mon choix de programmation global allait en ce sens : montrer qu’un film n’est pas un pays, mais un réalisateur, un acteur… Une histoire de rencontre. Un film, c’est toujours deux personnes, parfois trois, mais jamais la Chine d’un côté et la France de l’autre. J’ai voulu montrer qu’il y a la naissance de ce qu’on pourrait appeler un cinéma national. De la même manière que l’on peut parler maintenant de cinéma coréen et que tout le monde voit ce que c’est, un mouvement de cinéma chinois, qui va du blockbuster de Feng Xiaogang au cinéma d’auteur inspiré du néoréalisme italien, est en train d’apparaître. J’ai essayé de choisir des films qui puissent être vus par le public français sans être ce qu’il attend. Les films que les critiques français attendent sont déjà programmés avec talent aux festivals de Berlin, Cannes… Je préfère en amener qui ne passent pas dans certains circuits pour montrer une autre face de la Chine. Mais il fallait que chaque œuvre ait une sorte de rigueur intérieur, que le cinéaste ne parle que de lui. C'est-à-dire pas un film à la Godard ou autre mais une expression de cinéaste, que l’on sente qu’il sait écrire avec l’image. Sa vision de la Chine apparaît alors, par ricochet. Le regard de Cai Shangjun, par exemple, est complètement différent de celui de Feng Xiaogang ou de Zhang Yang, pour qui il a écrit. Zhang Yang est beaucoup plus marrant. Paradoxalement, le cinéma de Cai a un côté austère, il est très statique, très puissant, très lent.De manière totalement différente, quand Cai montre les difficultés d’un père et d’un fils, Zhang Yang va faire une comédie douce-amère qu’il a lue dans un journal et qui raconte l’histoire d’un ouvrier qui par amitié pour son copain mort va trimballer son cadavre dans toute la Chine. On a d’un côté du cinéma d’auteur pur et dur à la Rivette et de l’autre, presque dans le vaudeville. Ce sont deux manières complètement différentes de voir la Chine et pourtant, comme on parle de film français, on assiste à ce que j’ai appelé la naissance d’un continent de cinéma. Nous sommes à Hollywood, mais un siècle après, avec le passé d’Hollywood, de la France, du savoir-faire, de la technique. Les studios commencent à pousser un peu partout, et c’est très facile avec la DV d’apprendre à faire des films. Si on prend en compte leur talent, qui commence maintenant à se libérer de tous les modèles, y compris de ceux dits politiques, la situation économique, le faible coût de la vie en Chine qui fait qu’on peut faire beaucoup de films avec peu d’argent… Il est évident pour moi que la Chine va commencer à instaurer une économie avec son voisinage, notamment la Corée qui a du mal à s’imposer au niveau international. Tout comme la cinématographie japonaise marche de mieux en mieux au Japon. ILC : Avez-vous eu des retours critiques ? MW : J’ai eu beaucoup de critiques positives, particulièrement pour la Rétrospective. Pourquoi ? Parce qu’on est jamais génial seul. J’ai travaillé d’abord avec Alberto de la Cinémathèque française. Il ne fallait pas montrer des opéras trop longs ou incompréhensibles.L’autre exigence, c’était de trouver des inédits, ou des films qui n’ont pas été montrés depuis très longtemps. Nous avons donc regardé les films et fait une première sélection. Ensuite, au lieu de l’envoyer aux archives du film en disant « Voilà, nous aimerions ces films », je l’ai envoyée à mon ami Fu Hongxing, le directeur des Archives du film de Chine, en lui demandant de compléter cette liste par des films que selon lui, nous ne pouvions pas ne pas montrer. C’est une vraie collaboration. J’ai compris que nous avions visé juste quand j’ai montré le catalogue à des jeunes chinois et qu’ils se sont exclamés devant les films. On m’a aussi complimenté sur le sous-titrage, et c’est vrai que les traducteurs ont vraiment fait du bon travail. ILC : Avez-vous déjà pris des notes pour l’année prochaine ? MW : Non, pas pour l’instant. Je pense que l’année prochaine, comme les accords seront normalement signés, nous continuerons sur les trois axes : patrimoine, contemporain (en faisant venir je l’espère plus de réalisateurs) et professionnel, avec de vraies conférences, des tables rondes avec producteurs et réalisateurs français et chinois autour de projets pour mettre les choses en place. Cette partie n’aurait de toute façon pas pu être développée cette année. Il faut que l’accord soit signé, qu’on en essuie un peu les plâtres… Tant pis. Et puis vous connaissez le proverbe chinois qui dit « Ce qui ne t’abat pas te rend plus fort ». C’est un adage que nous partageons. Un grand merci à Matthieu Wolmark pour ses réponses.
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