| Interview : rencontre avec l'écrivain Chris Jensen |
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| Écrit par Nicolas Jucha | |||
| Jeudi, 10 Décembre 2009 09:21 | |||
![]() Auteur du livre «Le pays des chevaux célestes», Chris Jensen a accepté de répondre aux questions d'Ici la Chine. Une manière de mieux présenter la genèse et le contenu de son ouvrage, dont une suite va bientôt être publiée.
Ici la Chine : Bonjour Chris, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs d'Ici la Chine ? Chris Jensen : Je suis né une année du buffle (ou boeuf ndlr) , j’exerce la profession de vétérinaire, je suis marié à une vétérinaire et père de trois enfants (deux filles et un garçon). ILC : Comment vous est venue l'idée d'écrire «Le pays des chevaux célestes» ? CJ : J’ai soutenu une thèse de doctorat dans laquelle il était question de l’utilisation de la cavalerie dans l’Antiquité. C’est en faisant mes recherches bibliographiques pour la rédaction de cette thèse que j’ai découvert l’histoire de Zhang Qian. Je n’avais pas l’intention de me limiter au monde occidental pour effectuer mon travail. Passionné d’Histoire antique depuis l’enfance, j’ai toujours été agacé par la façon de présenter cette matière en France, en limitant l’étude du passé au Moyen-Orient et au monde Gréco-romain, comme s’il n’existait pas de civilisations avancées en Orient.
J’ai donc effectué des recherches sur l’évolution de la cavalerie en me penchant sur l’Histoire de la Chine, et j’ai appris comment un intrépide ambassadeur han avait pu admirer en Asie centrale une race de chevaux extraordinaires, et comment son rapport avait incité l’empereur Wudi à conquérir ce qui devint le Turkestan chinois. Dès que j’ai eu connaissance des aventures de Zhang Qian, j’ai su qu’elles pourraient faire un merveilleux sujet de roman.
ILC : L'ouvrage s'appuie avec beaucoup de précision sur les connaissances historiques actuelles à propos de la Chine. Sur quelles sources vous êtes vous appuyé ? CJ : Pendant des années, j’ai accumulé et compulsé tous les documents que je pouvais trouver non seulement sur la Chine des Han, mais aussi sur les peuples nomades des steppes, et sur les civilisations installées au IIème siècle av. JC en Asie centrale. Il serait fastidieux de citer tous les ouvrages qui m’ont servi, mais le document le plus important est sans conteste « Les Mémoires historiques » de Sima Qian, dont une partie a été traduite en anglais par Watson, l’autre en français par Chavannes. J’ai d’ailleurs réservé une place dans mon roman au grand historien Sima Qian (à découvrir dans le deuxième tome). J’ajouterai que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire de grands penseurs chinois, Confucius, Sunzi et tous les maîtres taoïstes.
ILC : Alors que vous proposez un roman basé sur des faits historiques, pourquoi avoir choisi de parler de deux peuples relativement méconnus, les Yuezhi et les Xiongnu ? N'était-ce pas là un pari risqué ? CJ : Raconter l’histoire de Zhang Qian implique de parler des Yuezhi et des Xiongnu. Les premiers sont la raison de son périple en Occident, puisqu’il voulait conclure une alliance avec eux. Les seconds l’ont gardé prisonnier plus de dix ans. En tant que lecteur, j’adore découvrir et apprendre plutôt que d’être entraîné toujours sur les mêmes sentiers battus. J’ai donc effectivement fait le pari qu’un grand nombre de personnes aimeraient partir à la découverte de peuples méconnus. ILC : Sur quoi ou qui vous êtes vous inspiré pour créer la personnalité de vos principaux personnages, en particulier Zhang Qian et Ganfu ? A travers eux, voulez-vous passer un message particulier ? CJ : Les seuls éléments sur Zhang Qian et Ganfu nous sont donnés par les « Mémoires historiques » de Sima Qian. L’historien y révèle peu de choses. De Zhang Qian nous savons qu’il était doté d’une grande force physique, et d’un charisme exceptionnel. De Ganfu, on connaît le statut d’esclave, et l’habileté à l’arc. A partir de là, il était passionnant de construire deux personnalités dont je savais qu’elles seraient confrontées l’une à l’autre pendant tout le roman. J’ai choisi de faire de Zhang Qian un lettré, afin qu’il soit en quelque sorte le porte-parole de la civilisation han, face à la sagesse très pragmatique de Ganfu. Les deux hommes sont les symboles de deux civilisations qui se sont opposées et mêlées pendant des siècles, celle de l’empire sédentaire chinois et celle de l’empire nomade des steppes du nord (Xiongnu, Mongols, Mandchous…). ILC : Un passage du livre oppose verbalement Zhang Qian à un commandant de garnison nommé Dong Fenglu à propos de l'Empereur Qin Shi Huangdi. Ce type de dialogue, et les arguments de Zhang Qian, ont-ils un lien avec vos opinions personnelles sur l'histoire chinoise ? CJ : La discussion entre Dong Fenglu et Zhang Qian ne reflète pas mes opinions personnelles. Elle illustre plutôt la réaction de l’époque han contre les excès du premier empereur, excès qui ont conduit le peuple chinois à se révolter contre la dynastie qin, et les empereurs han à rejeter les principes légistes sur lesquels s’appuyait Qin Shi Huangdi. Dong Fenglu illustre le dilemme de ceux qui éprouvaient une fierté légitime devant la construction d’un empire, mais pouvaient difficilement ignorer ce qu’avait coûté cette construction. ILC : Alors que votre ouvrage se base sur des faits historiques avérés, vous faites de Zhang Qian un apprenti chaman. Pourquoi cette immersion dans le domaine du paranormal ou fantastique ? CJ : Tout le roman est un voyage initiatique. Je voulais que mon héros s’intéresse de près aux croyances de chaque peuple rencontré. Zhang Qian est obsédé par la quête de l’immortalité. Il était logique de lui faire fréquenter un ermite taoïste en Chine, puis un chamane dans les steppes du nord. J’ai depuis longtemps un grand intérêt pour le chamanisme, et je souhaitais que la confrontation entre la civilisation et la « barbarie » aille en quelque sorte jusqu’au bout, jusque dans la manière de concevoir la vie et l’univers. Zhang Qian est un explorateur hardi. Il n’a pas peur de partir vers des contrées inconnues, dans tous les sens de ce terme. J’ai pensé qu’un homme qui ne craignait pas de se lancer à l’aventure vers un occident inexploré n’hésiterait pas non plus à aborder le monde-autre. Faire de Zhang Qian un apprenti chamane avait un triple intérêt : cohérence du caractère de mon héros (un curieux téméraire), évolution dans la quête initiatique, présentation de la conception du monde des nomades. ILC : Une suite aux aventures de Zhang Qian est prévue pour janvier 2009. Pouvez-vous nous la présenter ? CJ : Dans la deuxième partie du roman (« Les royaumes des steppes ») Zhang Qian va connaître chez les Xiongnu de nombreuses épreuves qui vont forger son caractère, et faire de lui un homme suffisamment dur et fort pour pouvoir s’évader et accomplir la mission confiée par l’empereur de Chine. Le périple de Zhang Qian l’entraîne au cœur des royaumes gréco-bactriens dévastés par les barbares Yuezhi. La découverte du bouddhisme constitue une nouvelle étape dans sa quête d’immortalité. De nombreuses péripéties attendent notre héros, aussi bien en Asie centrale que sur la route du retour vers la Chine. ILC : Quels sont vos autres projets littéraires dans les mois et années à venir ? CJ : Dans un avenir proche, Ramsay va publier un autre de mes romans, « Gospel », l’histoire d’un songster noir dans le Delta du Mississipi à la fin des années vingt, racontée par quatre narrateurs différents. Il s’agit d’une transposition des évangiles, en un autre lieu et à une autre époque, avec un Christ bluesman. Dans un avenir plus lointain, mes projets concernent plutôt la littérature fantastique, avec une histoire qui revisitera complètement le mythe des vampires, et l’anticipation, avec un roman se déroulant dans un avenir proche sur fond de guerre au Moyen-Orient. Comme vous pouvez le constater, mes goûts sont assez éclectiques. Mais j’ai bien l’intention de revenir ensuite au roman historique et à l’histoire chinoise.
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