| Interview arts martiaux : maître Yao Chengrong, l'un des fers de lance du Yi Quan à Pékin |
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| Écrit par Nicolas Jucha avec l'aide de Wang Jinchao (interprète chinois-anglais) | |||
| Samedi, 12 Décembre 2009 04:49 | |||
En Yi Quan, son enseignement est une référence et régulièrement, des Occidentaux font le voyage jusqu'à Pékin pour étudier à ses côtés. Maître Yao Chengrong a accepté de répondre à nos questions, et d'expliquer son art tel qu'il le conçoit : une recherche d'efficacité et d'accomplissement personnel.
Basé, au nord de Pékin, l’Institut de Yi Quan de Beijing est l'une des références en matière de Yi Quan. Son fondateur, Maître Yao Chengrong, nous a accueillis dans les locaux de son école pour nous éclairer sur un art auquel il a consacré sa vie entière. La 3e génération du Yi QuanCet homme de petite stature est né en 1953. Fils de feu Maître Yao Zongxun, il fait partie avec son frère jumeau Yao Chengguang de la troisième génération de pratiquants du Yi Quan. Il a commencé à étudier à 8 ans sous l’enseignement de son père.Ce dernier a grandement contribué à la promotion de la discipline en relevant et remportant de nombreux défis. Il fut l’élève direct du fondateur Maître Wang Xiangzhai et a poursuivi son oeuvre. Maître Yao Chengrong, longtemps assistant de son père, a créé son école en 1993. Ces dernières années, il a beaucoup voyagé en Chine et à l’étranger (notamment en France) pour la promotion du Yi Quan. Il est actuellement 7e duan dans les arts martiaux chinois, ce qui lui confère officiellement le titre de grand maître. «Ce qu’il a fait s’apparente à la cause que défendait Bruce Lee»Ici la Chine : maître Yao, pouvez-vous présenter le Yi Quan aux lecteurs de Karaté Bushido ? Maître Yao Chengrong : le Yi Quan est un jeune art martial créé en 1920 par Maître Wang Xiangzhai, à partir d’un art qui s’appelle le Xingyi Quan. Il pensait que les styles traditionnels se focalisaient beaucoup trop sur le travail des formes (Taolu), et que l’esprit originel des arts martiaux n’était donc plus assez respecté et suivi. Ce qui, pour lui, était la source de nombreux défauts et carences chez les pratiquants.Maître Wang a ainsi créé un style plus orienté sur l’aspect spirituel et la préparation au combat réel plutôt que la répétition de mouvements codifiés. Sur ce point, ce qu’il a fait s’apparente à la cause que défendait Bruce Lee, plusieurs décennies après lui, en créant le Jeet Kune Do. Il y a quand même des formes en Yi Quan, mais leur rôle est surtout d’offrir des exercices favorisant le développement de l’énergie plus que d’inculquer des techniques de self défense. Le Yi Quan présente une méthode d’entraînement spécifique et unique, et son objectif principal est de travailler à la fois le corps et l’esprit afin de réaliser leur unité. ILC : le terme Yi Quan a t-il un sens particulier ? YCR : Quan signifie boxe, Yi signifie esprit. Le Yi Quan est donc la Boxe de l’Esprit, à la fois celui de l’individu, mais aussi l’Esprit au sens large du terme l’esprit des arts martiaux, l’esprit de l’Univers. Le but du Yi Quan est d’arriver à l’unité entre le corps et l’esprit du pratiquant, mais aussi, de manière plus globale, d’atteindre l’unité entre son esprit individuel et l’esprit universel de l’univers. ILC : quels sont les exercices les plus typiques pour arriver à cette réalisation ? YCR : la posture de l’arbre est peut être l’exercice le plus spécifique pour développer l’énergie ainsi que l’unité corps-esprit et individualité-universel. Le but est notamment d’harmoniser les différentes parties du corps. ILC : le Yi Quan est souvent appelé Da Cheng Quan, pourquoi ? YCR : de son temps, Maître Wang a créé la polémique en écrivant des articles pour critiquer les méthodes d’entraînements traditionnelles et les défauts qu’elles occasionnaient sur les différents styles. Des conflits d’idées en sont nés et des combats ont été organisés pour confronter les différents arts martiaux au nouvellement créé Yi Quan. Maître Wang trop âgé, c’est mon père qui prit part aux challenges et remporta tous ses combats. Certains observateurs, impressionnés par l’efficacité du Yi Quan, lui donnèrent le nom de Da Cheng Quan, la «Boxe la plus efficace», celle qui associe les points forts des autres styles pour devenir parfaite. Mais le nom officiel de notre art est le Yi Quan, nom sous lequel il est recensé depuis 1960. Yi Quan, une méthode profane mais un esprit traditionnelILC : vous considérez le Yi Quan comme un art martial traditionnel ? YCR : c’est assez difficile à dire car le Yi Quan comporte beaucoup de changements et de réformes par rapport aux styles purement traditionnels. Dans l’entraînement, il y a aussi beaucoup d’empreints à des méthodes scientifiques ou des styles de combats occidentaux comme la Boxe anglaise. Mais cependant, sa base reste l’esprit traditionnel, ou originel, des arts martiaux chinois.Le Yi Quan se focalise sur l’habileté en combat et la réalisation de l’unité corps-esprit. De ce point de vue, c’est un art traditionnel. Mais peu de personnes atteignent ce dernier objectif, et l’accent trop mis sur les formes par certains arts traditionnels leur a fait perdre une chose essentielle que le Yi Quan a pour but de faire renaître. ILC : A quelle famille appartient le Yi Quan ? Arts dits internes, ou arts dits externes ? YCR : le Yi Quan appartient aux deux familles car il aborde les deux aspects. La posture de l’arbre, très utilisée avec différentes variantes, est un travail purement interne. Le tuishou et les techniques de combats sont plutôt abordés dans une optique externe. Le Yi Quan, comme d’autres arts martiaux je pense, englobe les deux aspects internes et externes. ILC : quelles sont les grandes particularités du Yi Quan, les principes de base ? YCR : la méthode d’entraînement est déjà très particulière par rapport aux autres arts martiaux chinois. Le travail sur la posture de l’arbre et l’imagination sont eux, deux aspects très typiques. Notre objectif avoué est l’unité corps-esprit, ce qui implique déjà avant de réaliser l’unité entre les différentes parties du corps. Il y a également un travail de compréhension sur la force, à la fois interne et musculaire (notamment par le biais du tuishou). Notre idée c’est que l’esprit contrôle le corps, et si ce n’est pas le cas pour quelqu’un, mieux vaut travailler pour arriver à cet état de fait. Notre méthode vise aussi à retrouver l’instinct de survie dont jouissent les animaux sauvages mais que les hommes ont le plus souvent perdu. Nous aspirons à le faire redevenir efficace afin de pouvoir répondre rapidement et de manière naturelle à une agression. «si vous voulez apprendre le meilleur, ne gaspiller pas votre temps»ILC : y a-t-il des styles annexes ? Des variantes selon les écoles ?
YCR : l’histoire du Yi Quan est courte, mais les courants annexes commencent à se créer. Ils viennent cependant de la même origine : Wang Xiangzhai et ses successeurs. Plus que les techniques, c’est la pensée du créateur qu’il est important de suivre, ainsi que ses principes. Mon père était officiellement considéré comme le successeur de Maître Wang, l’élève le plus fidèle à ses principes. C’est pour cela qu’il a officiellement représenté le courant de base du Yi Quan bien qu’il ait apporté ses propres innovations. D’autres élèves de Maître Wang ont créé des courants quelque peu différents. ILC : faut-il certaines prédispositions physiques pour pratiquer le Yi Quan ? YCR : non, toute personne voulant progresser et s’améliorer dans la vie peut étudier le Yi Quan. ILC : vous parlez d’atteindre l’unité corps-esprit en Yi Quan. Comment travaillez-vous pour y arriver ? YCR : il y a six processus principaux : la posture de l’arbre et ses variantes, les déplacements, la prise de conscience puis le contrôle de la force, le travail de poussée avec les mains (tuishou), la mise en situation de combat réel et la projection de la force (notamment pour repousser quelqu’un). Mais il y a d’autres techniques comme l’usage des sons (à l’image de ce que faisait souvent Bruce Lee en combat), le travail sur le sac de frappe, et l’usage des armes. ILC : avez-vous une devise particulière ? YCR : si vous voulez apprendre le meilleur, ne gaspiller pas votre temps. Le résultat est le plus important, et il doit être bon pour votre corps comme pour votre esprit. ILC: pour conclure, avez-vous un message pour les lecteurs d’Energies ? YCR : bienvenue en Chine pour étudier le Yi Quan. Pas de problèmes que vous soyez garçons ou filles, jeunes ou vieux, grands ou petits, en bonne santé ou non. A travers l’entraînement, vous allez développer une bonne santé, des aptitudes pour le combat, de la confiance en vous, de la persévérance et bien d’autres choses encore. Un grand merci à maître Yao Chengrong pour sa disponibilité et à Wang Jinchao pour sa traduction du chinois mandarin à l'anglais.
Pour plus d'informations sur maître Yao Chengrong :
Le site officiel de son école : http://www.yiquan-zywg.com/
L'email de maître Yao Chengrong :
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