| Entretien avec Deanna Gao, présidente et fondatrice du festival du cinéma chinois de Paris |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Samedi, 12 Décembre 2009 10:13 | |||
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Rencontre avec Deanna Gao le 1er octobre 2009, en marge du festival du cinéma chinois de Paris. A consulter également, les présentations des meilleurs films du festival.
Au milieu des mille préoccupations du festival, Deanna Gao (高醇芳)a eu la gentillesse de faire une pause avant une projection pour répondre à quelques unes de mes questions. En cette journée d’été indien qui n’en finit pas, elle arrive vêtue d’un qipao aux couleurs du printemps, d’un vert lumineux du plus grand raffinement.
Deanna Gao est une artiste dont on connaît les peintures de paysage, de personnages, de fleurs et de chats dans la grande tradition chinoise ; elle a même une école à Paris. Egalement calligraphe comme les grands peintres chinois, elle a enseigné la calligraphie, entre autres, à la princesse Grace de Monaco. Ma première question découlait de là : pourquoi et comment passe-t-on de la peinture et de la calligraphie à la création d’un festival de cinéma ? Education artistique La réponse est toute simple : la culture chinoise a mille facettes, et le cinéma en est une. Or, la culture chinoise, Deanna Gao en est imprégnée, elle la respire, son qipao en est un reflet. Elle est née à Shanghai, d’un père industriel chinois et d’une mère anglaise ; elle a grandi dans une famille d’artistes : c’est la phrase-type qui débute ses biographies d’artiste. Cela mérite quelques développements. Son père était effectivement un grand industriel ; après des études à Leeds, en Angleterre, où il rencontra sa future épouse, il était devenu un pionnier en Chine de l’industrie textile de la laine. Mais les industriels d’alors étaient imprégnés de culture classique, et son père était en particulier un excellent calligraphe. Pendant la guerre contre le Japon, à Chongqing où ils habitaient, les parents de Deanna ont participé aux côtés de l’épouse de Sun Yat-sen, Song Qingling, à la fondation de la « China Defense League » dont bien des activités de logistique et d'aide aux soldats eurent pour centre l’habitation de la famille Gao. Ce fut le début d’une longue amitié ; Deanna Gao est aujourd’hui conseillère de la Fondation Song Qingling. Les Gao se sont installés à Shanghai après la guerre, et c’est là que Deanna est née et a grandi, dans une atmosphère propice à l’éveil artistique. Outre le piano et le violon, elle a étudié la danse avec deux sœurs qui sont devenues des danseuses étoiles, à un moment où s'était créée à Shanghaï la première école de danse, sous l'égide des grands maîtres du Bolchoï. Parallèlement, elle a étudié la peinture chinoise traditionnelle avec des maîtres spécialistes des divers genres : shanshui, personnages, fleurs et animaux. On imagine cet îlot de culture dans la Chine d’alors. Plus étonnant, elle a aussi acquis, dans ces années-là, une solide culture cinématographique car on pouvait encore voir de bons films à Shanghai : ceux des cinéastes chinois d’avant la guerre, ceux dits « de gauche », des films russes, et même quelques films français ou anglais. Ce n’est qu’en 1966 que la vie a été réellement bouleversée, par la Révolution culturelle. La famille Gao réussit à partir pour Hong Kong en 1973, grâce à madame Song Qingling, et, de là, Deanna est venue à Paris en 1975. Ambassadrice de la culture chinoise C’est donc tout naturellement que, débarquant dans une capitale où n'existait encore qu'une communauté chinoise réduite, et peu portée sur la culture, elle s’est faite l’ambassadrice de la culture chinoise à Paris. Elle a fondé en 1984 l’Association culturelle franco-chinoise, la première en Europe, qui devait devenir un centre actif de formation et de manifestations diverses, et une passerelle entre les deux cultures. C’est là que furent créés les premiers cours de peinture chinoise en France. C’est l’association, aussi, qui a organisé la première fête du Nouvel An chinois à Paris.Pour l’inauguration, Daenna Gao a programmé une série de documentaires chinois, projetés au musée Guimet ; parmi eux figurait un documentaire historique sur Jet Li, qui n'était encore que Li Lianjie (李连杰), intitulé justement : "Un as du Wushu, Li Lianjie". Figurait aussi un film rare, tourné à l'époque, inspiré de la vie de la célèbre poétesse de l’époque Song, Li Qinzhao (李清照) : née dans le Shandong en 1083, elle a vécu la fuite de la dynastie vers le sud devant l’avancée des Jürchen, pour finir à Hangzhou, où elle mourut dans la solitude en 1151. Ses poèmes reflètent la douleur d’avoir perdu son pays natal et ses êtres chers ; nul doute qu’ils trouvent une consonance dans l’âme de Deanna Gao. Elle avait déjà commencé des programmes de projections dans le cadre de son association lorsque l’année de la Chine en France lui donna l’idée de fonder un festival de cinéma. Fondation du festival en 2004En 2003, lorsque furent connues les manifestations devant célébrer l’année de la Chine en France, Deanna Gao se rendit compte qu’il n’y avait rien de prévu pour le cinéma chinois contemporain. Seule était prévue la rétrospective des cent ans du cinéma chinois organisée par la cinémathèque, alors au Palais de Chaillot, qui devait nous faire découvrir tant de perles rares.
Deanna mit donc sur pied un projet présenté aux autorités chinoises du cinéma et de la télévision, partenaires incontournables en l’occurrence. Le projet prévoyait dès le départ un programme de projections en quatre sections qui devait être conservé par la suite : films anciens, films récents, documentaires et dessins animés. Cependant, comme la cinémathèque avait déjà son programme de films anciens, la première édition du festival se limita aux trois autres parties. L’inauguration eut lieu à l’hôtel Scribe, en présence d’une pléiade d’artistes, et du gotha parisien. Le festival était, entre autres, soutenu par le ministre de la culture, la mairie de Paris et l’ambassade de Chine en France, parrainé par Fanny Ardant, et appuyé, côté chinois, en particulier, par l’ambassade de France à Pékin. Il en est toujours ainsi, à part le parrainage, aujourd'hui assumé par Jean-Jacques Annaud. Quatrième édition en 2009 Le festival s’est depuis lors imposé comme une référence dans le paysage cinématographique parisien. L’équipe s’est étoffée, les bénévoles se sont multipliés, mais l’organisation tient toujours du parcours d’obstacles : l’obtention des films dépend non seulement de l’organisme chinois central, mais aussi des aléas de la distribution :si les droits d'un film sont achetés par un distributeur avant le festival, il peut obliger celui-ci au dernier moment à retirer le film du programme.Dans ces conditions, on apprécie d’autant plus la qualité d’une programmation qui allie le souci de faire découvrir des œuvres majeures à celui de répondre aux goûts et attentes du public. La cuvée 2009 nous a ainsi offert, côté cinéma contemporain, à la fois les grands « blockbusters » qui ont établi des records au box office chinois en 2008 (« La peau peinte » et le dernier Feng Xiaogang) et des films plus chers aux cinéphiles, et qui resteront dans les annales.
Et lorsqu’on demande à Deanna Gao, pour terminer, de définir en quelques mots l’image qu’elle aimerait que l’on conserve de son festival, elle répond sans hésiter que son désir le plus cher est d’en faire un lieu d’échanges et de dialogue inter-culturel, mais surtout un festival à dimension humaine, qui allie beauté, tendresse et harmonie. Prise par le temps, elle s’éloigne rapidement pour aller présenter le film qui va commencer. Je la regarde s’éloigner en pensant à son autoportrait : une petite fourmi qui ploie sous la charge d’un immense plume qu’elle traîne pas à pas… (voir son livre « Peinture chinoise » : http://www.deanna-gao.com/DG1987.pdf)
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