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Rencontre avec la chorégraphe chinoise Wen Hui PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Pascaline Vallée   
Samedi, 12 Décembre 2009 20:05

Rencontre avec la chorégraphe chinoise Wen Hui

Au croisement des disciplines et des cultures, la chorégraphe Wen Hui élabore avec danseurs, écrivains, musiciens, plasticiens… une vision transformée de la société chinoise. Après deux spectacles qui évoquaient les changements sociaux en Chine (Report on the Body) et le statut de la femme (Report on Giving Birth), Wen Hui s’attaque avec Memory aux souvenirs de la Révolution culturelle.

Cette nouvelle pièce, conçue avec Wu Wenguang, réalisateur de films documentaires avec qui elle a fondé la compagnie Living Dance Studio, sera présentée à Paris, au Théâtre de la Cité internationale, dans le cadre du festival d’Automne du 24 au 27 novembre (durée 1h, version intégrale de 8h le 28 novembre).  

ILC : Vous avez commencé vos études de danse à Pékin, avant de les poursuivre aux Etats-Unis et en Europe. Pouvez-vous décrire votre regard sur la Chine à votre retour en 1994 ?

Wen Hui : En réalité, j’ai commencé les études de danse enfant, vers 13 ans, alors que j’étais à l’école d’art Yunnan Provence en Chine. Et 12 ans plus tard, en 1985, j’ai étudié la chorégraphie à l’Académie de danse de Pékin. Mon retour en Chine en 1994 a été pour moi une période très spéciale, parce qu’étudier la performance contemporaine aux Etats-Unis et en Europe m’avait donné de nouvelles expériences, de nouvelles idées.

En 1994, j’ai eu la chance d’apprendre à New York pendant six mois le théâtre et la danse modernes et contemporains. Après mon retour à Pékin, j’ai fondé avec mon partenaire Wu Wenguang, réalisateur de films documentaires, le Living Dance Studio, compagnie indépendante. L’acte de fondation du groupe a été 100 verbos in December (Les 100 verbes), en 1994. Depuis, 15 ans ont déjà passé.

En tant que chorégraphe de danse contemporaine, ce qui veut dire que je dois créer des travaux chorégraphiques de manière complètement indépendante, ce qui veut dire aussi que ma création ne reçoit ni soutien ni fonds en Chine.

ILC : Comment vit une compagnie indépendante en Chine ? Le gouvernement crée-t-il des difficultés ou est-il indifférent à vos activités ?


WH : J’avais le grand rêve d’avoir mon propre studio de performance, capable de créer le travail que je recherchais. Dans la première période du Living dance (1994-1999), c’était le commencement et nous étions seulement capables de créer quelques petites pièces. En temps normal, lorsque nous créons et jouons, Wu et moi, nous recevons l’aide de quelques amis.

Puis en 1999, nous recevons un premier soutien financier pour Report on Giving Birth, de la part du Fond Prince Claus (Pays-Bas). C’était une première pour nous, d’avoir de l’argent pour louer des locaux de répétition, mais aussi d’inviter plus de danseurs et d’artistes à travailler avec nous. Après cette pièce, la plupart des chorégraphies du Living Dance Studio ont reçu pour les représentations le soutien d’organismes aux Etats-Unis et en Europe, comme le Centre national de la danse (CND) et le Festival d’automne à Paris. Mais bien sûr, parfois, je dois produire quelques représentations commerciales pour vivre. En ce qui concerne les danseurs, beaucoup de ceux qui ont travaillé avec moi étaient free-lance. Le public quant à lui vient de différents champs.

ILC : Dans vos chorégraphies, pourquoi avoir choisi de mélanger les genres (théâtre, danse, vidéo…) ?


WH : J’aime utiliser le réel comme matériau pour mon travail chorégraphique. J’aime que mon travail soit capable de pousser les gens à réfléchir à la société et la réalité auxquelles ils  doivent faire face. Pour d’autres raisons, mon partenaire Wu Wenguang, contribue à sa manière à documenter ma danse.  

ILC : Dans Memory, comment avez-vous choisi entre corps et mots pour exprimer tel souvenir, tel sentiment ?

WH : Comme je m’intéresse au « théâtre-danse », le corps et les mots ont à voir avec le langage. Avec Memory, les deux langages venaient tous deux de ma mémoire.

ILC : Dans Report on body et Report on Giving Birth, vous traitiez de changement social et du statut de la femme en Chine. Est-ce que Memory a la même portée sociale ?

WH : Memory évoque l’époque de la Révolution culturelle, de 1966 – 1976. Cette période était aussi celle de mon enfance. C’était une période très importante pour moi parce qu’elle a influencé ma pensée et ma manière de créer. Avec Memory, nous avons voulu traiter de la valeur de la mémoire, particulièrement dans la vie contemporaine en Chine. Alors que les gens préfèrent regarder de l’avant, nous préférons « revenir à l’avant », pour penser quelles expériences et leçons nous en avons tiré.

ILC : En 1999, Report on Giving Birth a reçu un accueil chaleureux en Chine. Etait-ce le cas pour Memory ?

WH : En fait, Report on Giving Birth comme Memory ont eu un « petit public » lorsqu’ils ont été joués à Pékin. Même si les deux pièces sont distantes de neuf ans, la situation de du théâtre-danse indépendant et expérimental n’a pas vraiment changé. Ce qui veut dire que l’« accueil chaleureux » était celui du « cercle artistique ».

ILC : Comment pensez-vous qu’elle sera reçue par le public français ?


WH : Je suis très curieuse de ça, j’attend de rencontrer le public et de partager la mémoire que vous aurons eu ensemble.  

Propos recueillis par Pascaline Vallée

 
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