| Rencontre avec Yan Lianke, l'écrivain au ton amer |
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| Écrit par Nicolas Jucha (questions) et Hua Yan (traduction) | |||
| Mardi, 25 Mai 2010 18:33 | |||
![]() Yan Lianke fait partie des écrivains chinois les plus reconnus d'aujourd'hui. Souvent critique à l'égard de son pays, quitte à être censuré, cet ancien militaire a pour objectif de faire réfléchir ses compatriotes par ses écrits. Il a accepté de répondre à nos questions...
阎连科 Yán LiánkēEcrivain chinois basé à Pékin
Ancien militaire et écrivain officiel de l'armée chinoise, Yan Lianke est aujourd'hui l'un des auteur les plus respectés de son pays. Son ton critique lui a plusieurs fois valu la censure des autorités, ce qui ne l'empêche pas de poursuivre dans la voie qu'il a choisi : écrire avec une totale honnêteté morale et évoquer ce qu'il estime être la réalité chinoise. Ici la Chine : vous avez commencé comme écrivain de l'armée. Comment cela vous a t-il influencé, aussi bien comme homme que comme écrivain ? Yan Lianke : L'expérience dans l'armée est la plus grande chance dans ma vie, cela m'a aidé à écrire pas de livres célèbres. Cela m'a aussi aidé à avoir des idées profondes et complexes sur les réalités de la Chine car l'armée est une combinaison de discipline et d'autorité. J'ai par exemple été temoin de la guerre entre la Chine et le Vietnam en 1979, et j'ai vu de nombreux jeunes mourir pour rien. Et plusieurs années après la guerre, j'ai vu les leaders chinois et vietnamiens se serrer les mains et se donner l'accolade lors des Jeux d'Asie. A ce moment, j'ai réalisé que la guerre n'avait aucun sens et que la vie était fragile... J'ai donc commencé à écrire à propos de la chose militaire. Et j'ai commencé à percevoir la réalité autrement. C'est pourquoi sur trois de mes livres jusqu'ici censurés, deux parlent de l'armée. ILC : recevoir un prix ou être censuré... qu'est-ce qui vous rend le plus fier ? YL : Aucun des deux. Obtenir une récompense est important dans le monde littéraire chinois, mais certains prix chinois sont comme de la viande de porc injectée d'eau : il n'y a aucune qualité, car certains obtiennent les distinctions qu'ils ne devraient pas, par “la porte de derrière”... Le polique influence les prix, c'est pourquoi la portée des prix Maodun ou Luxun, par exemple, a baissé. ILC : vous avez déjà déclaré : «Il n'y a pas de pensée indépendante en Chine». C'est votre vraie opinion ou un moyen de faire réagir vous compatriotes ? YL : Ce n'est pas pour obtenir des réactions. Je pense vraiment que l'intelligentsia chinoise n'a ni pensée indépendante ni dignité. Ils n'osent pas et ne veulent pas dire la vérité. Quelqu'un qui n'a pas le courage de dire la vérité ne peut avoir de pensée indépendante... ILC : comment choisissez-vous les sujets de vos ouvrages ? YL : En général, je ne choisis pas le sujet, je ne fais que choisir les sources. Dans d'autres mots, je choisis seulement la réalité. Les sujets de mes livres ne sont pas décidés par moi-même mais par la réalité dont je veux parler et ma manière de considérer celle-ci. ILC : vous n'avez jamais considéré d'aborder un sujet glorieux et consensuel ? YL : Je l'ai fait. Certains de mes premiers travaux sont pleins de louanges. Avec l'évolution de ma pensée, ma manière d'écrire a changé. Je ne considère pas que tout en Chine est mauvais, mon travail ne consiste pas à toujours parler des mauvais aspects... En fait, dans mes travaux se trouvent des idées ignorées par le peuple, et en même temps, la réalité en Chine est trop sensible. C'est pourquoi mes ouvrages peuvent paraître si spéciaux. Par exemple “En songeant à mon père”, publié l'année passée, est très populaire, et ne crée aucun débat. On a vendu plus de 200 000 livres en six mois, maintenant on a franchi la barre des 300 000. Cela montre deux choses : premièrement, le livre est plein de belles choses et de tendres sentiments, donc le public aime, deuxièmement, cela prouve que le public ne souhaite voir que les bons côtés, mais pas les mauvais. Comme pour les livres de Luxun, les gens n'aiment pas car ils ont mal quand ils le lisent. J'aimerais que mes livres soient remplis de ces douleurs. Je dis souvent aux lecteurs que mes livres ne sont pas du chocolat mais plutôt une plante au goût amer. ILC : quels sujets aimeriez-vous traiter dans le futur ? YL : Concernant mon travail actuel, moi-même ne sais pas quel est le sujet. Ce qui est sûr, c'est que pour la première fois j'écris sans objectif de publication, et c'est très important. Un ouvrage qui n'est pas destiné à être publié ne sera peut être pas utile, mais il sera libre. Ce n'est peut être pas sensé pour les auteurs occidentaux, mais en Chine, c'est très important. C'est un moyen pour avoir une vraie liberté...
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