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Fan Popo est un des leaders du mouvement LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) en Chine. Il a accepté de parler avec nous de son travail de réalisateur ainsi que de la condition des homosexuels en Chine aujourd'hui.
Ici la Chine : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Fan Popo : salut, je suis Fan Popo, né en 1985 dans la campagne chinoise. Je suis venu étudier à l'Académie du Film de Pékin en 2003. J'ai commencé à être impliqué dans les événements LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) en 2005. Aujourd'hui, je suis réalisateur et activiste.
J'ai fait plusieurs documentaires sur le sujet des LGBT. Je m'occupe également du China Queer Film Festival Tour. J'ai aussi écrit un livre à propos du cinéma gay, le premier ouvrage de la sorte en Chine continentale.
ILC : vous êtes gay et réalisateur. En Chine, est-ce plus difficile de faire ce métier si on n'est pas hétéro ?
FP : que vous soyez gay ou pas, cela n'est pas un problème pour être cinéaste, mais cela le sera si vous réalisez des films gays. En Chine continentale, le cinéma gay est interdit. Cela veut dire que vous n'avez aucune chance de pouvoir diffuser vos films LGBT sur grand écran, et vous ne ferez pas d'argent grâce à votre public.
J'ai donc besoin de faire d'autres jobs à côté, comme m'occuper de programmes télé, écrire des scénarios ou d'autres choses pour gagner ma vie. La plupart de mes amis sont des réalisateurs indépendants qui sont très gentils avec moi. Je connais aussi des réalisateurs plus commerciaux qui sont gays, mais ne l'ont jamais révélé publiquement.
Quoi qu'il en soit, la question gaie n'est pas la plus épineuse. Il y a des sujets politiques en Chine, qui peuvent vous valoir d'être éliminé. En comparaison avec les réalisateurs qui traitent de sujets politiques sensibles, être un réalisateur gay n'est pas difficile.
ILC : pouvez-vous parler de vos travaux ? Jusqu'à maintenant, vous vous êtes contenté de faire des documentaires à propos des communautés gaie et lesbienne ?
FP : en effet, j'essaie de passer la majeure partie de mon temps à faire des documentaires à propos et pour la communauté LGBT. On peut toujours trouver de nouveaux sujets. Mon premier film, «Taipei, ville arc en ciel» relate mes rencontres avec les ONG du mouvement LGBT sur place.
Le second s'intitule «Nouveau Pékin, nouveau mariage».Cela parle d'une célèbre campagne de mariages homosexuels près de la place Tian Anmen à Pékin. Le troisième s'appelle «Le placard chinois» et couvre l'histoire du coming-out de dix gays et lesbiennes.
Mon travail le plus récent s'appelle «Etre une femme», cela part d'un cabaret drag queen au sud de la Chine. J'étais vraiment tombé amoureux de toutes les personnes là-bas. Maintenant, je prévois de faire un film sur «Les parents et amis de gays et lesbiennes en Chine», qui est une association fondée en 2008.
ILC : à travers vos documentaires, y a t-il un message que vous essayez de faire passer ? Le public y est-il réceptif dans votre pays ?
FP : je pense que ce que je veux, c'est montrer une image objective de la communauté LGBT à la fois à cette communauté et aux gens «normaux». Ce qui m'encourage, ce sont les retours positifs. Parfois, il y a des spectateurs hétéros qui veulent nous défier, mais si on essaie de dialoguer avec eux, ils vont la plupart du temps avoir une nouvelle idée sur le sujet.
C'est pourquoi on insiste pour avoir des sessions de questions/réponses après les diffusions de films. Le seul problème, c'est que je dois m'améliorer techniquement pour faire de meilleurs films. Même si je sais que c'est impossible de faire un film digne d'Hollywood sans le budget qui va avec.
ILC : parlons de la situation des gays et lesbiennes en Chine. Depuis quand l'homosexualité n'est plus considérée comme une maladie mentale en Chine ?
FP : j'ai observé des changements en 1997. Mais encore aujourd'hui, il y a des médecins qui pratiquent les thérapies de conversion sexuelle avec les gays et lesbiennes. C'est vraiment une chose horrible.
ILC : la situation a quand même beaucoup évolué non ?
FP : oui, c'est mieux aujourd'hui. Il y a cinq ans, je n'aurais pu imaginer qu'un jour nous aurions autant d'événements LGBT en Chine. Aujourd'hui, je suis fier d'y participer en tant qu'un des initiateurs.
Il y a de plus en plus de gays et lesbiennes qui font leur coming-out auprès de leurs parents et amis. J'ai moi-même révélé mon homosexualité à mes parents il y a deux ans. Je me suis alors senti très reconnaissant envers eux pour leur compréhension.
Mais alors que les Chinois sont en train d'ouvrir leurs yeux et leur esprit, le gouvernement est pratiquement resté sur la même ligne durant la dernière décennie. D'une certaine manière, il fait machine arrière, notamment avec le renforcement de la censure sur internet ces dernières années.
ILC : vous pensez qu'il existe encore des formes de ségrégations contre les gays et lesbiennes ? De quelle sorte sont-elles ?
FP : oui, le mariage homosexuel reste illégal dans la plupart des régions du monde. J'ai une amie lesbienne danoise qui a obtenu un emploi en Chine, mais elle ne peut obtenir de visa pour son épouse. Cela me désole vraiment, pourquoi naissons-nous inégaux ?
ILC : dans les médias, dans les séries télé, est-ce que le sujet de l'homosexualité est toujours tabou en Chine ?
FP : tout comme les sujets en rapport avec le viol, l'usage de drogue ou la violence, les personnages gays ne sont pas vraiment autorisés à la diffusion dans les cinémas officiels chinois. Malgré tout, quelques films et séries télé commerciaux commencent à inclure des personnages gays dans leurs scénarios, souvent des stéréotypes, notamment dans les comédies.
ILC : combien de célébrités chinoises ont publiquement exprimé leur homosexualité ?
FP : il y a de grandes stars de cinémas, des chanteurs, des écrivains... qui ont fait leur coming-out à Taïwan ou Hong Kong. En Chine continentale, c'est très compliqué pour les célébrités de se révéler.
ILC : en France, le maire de Paris -également importante figure politique du courant socialiste- est gay et l'a publiquement exprimé sans rencontrer le moindre problème. D'ici combien de temps pensez-vous que la Chine pourra avoir un homosexuel publiquement déclaré à une aussi haute position ?
FP : je pense que c'est une merveilleuse chose d'avoir un maire ouvertement gay. Je pense avec espoir que d'ici 30 ans, il y aura un maire ou un leader politique ouvertement gay en Chine. Et je pense que le district Chaoyang sera un lieu gay similaire au 4e arrondissement à Paris. (rires)
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