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Interview : Maître Zhang, une vie consacrée aux arts martiaux PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Jucha (à Longkou, Chine)   
Mercredi, 02 Décembre 2009 17:48
Maître Zhang dans la position emblématique du Tang Lang Quan
Grand spécialiste du Liu He Tang Lang Quan, l’un des trois grands styles de la Boxe de la Mante Religieuse, Maître Zhang Dao Jin fait partie de ces hommes qui ont consacré leur vie à la pratique martiale. En exclusivité pour www.icilachine, il a accepté d’évoquer ses conceptions et de partager un peu de sa sagesse.

Crédits photos : Nicolas Jucha

Longkou, petite ville sur la côte est chinoise

Un extrait de l'encyclopédie des arts martiaux chinois où maître Zhang est évoquéLongkou, petite ville côtière du Shandong, relativement isolée car à 5 heures de bus de la capitale provinciale, Jinan. En ce mois de septembre, j'ai rendez-vous avec le grand expert d'arts martiaux local : Zhang Daojin, un quadragénaire qui excelle dans la Boxe de la Mante Religieuse des Six Harmonies. C'est un autre maître chinois, connaissant mon attirance pour les arts martiaux, qui m'a conseillé d'aller le rencontrer.

J'attends mon hôte devant la petite gare routière, quand arrive une voiture de luxe. Un homme en sort et me fixe : je suis le seul occidental dans le périmètre, je devine donc qu'il s'agit de maître Zhang, et qu'il a compris qui j'étais.

Ensemble, nous nous rendons à un hôtel, alors que sur le trajet il me donne sa carte de visite. A l'arrivée, plusieurs de ses élèves m'accueillent. Je demande pourquoi nous ne sommes pas passés par la réception pour que je paie, Maître Zhang me répond que ce sera lors du départ.

Le savoir-vivre chinois

Un subterfuge puisque le lendemain, au moment de plier bagage, il m'indiquera le contraire : «cela a déjà été payé, ne vous inquiétez pas monsieur Nicolas». Pour en revenir à mon arrivée, tout s'est passé autour d'une table et d'un repas copieux. Arrosé à la bière bien sûr, vu qu'à la question «baijiu haishi pitiu ?» (alcool de riz ou bière ?), j'ai écouté ma conscience professionnelle...

La presse spécialisée chinoise a déjà parlé de Zhang Daojin
Il faut noter qu'en raison de mon emploi du temps chargé, je dois quitter Longkou le lendemain à 6h. Mais mes nouveaux amis chinois prennent leur temps : nous mangeons tout en échangeant les rituels traditionnels, à savoir des verres bus cul sec («Gan Bei» en chinois) avec chacun de mes hôtes...

Il est déjà 14h, le temps est couvert... et moi je dois admettre qu'à force de montrer du respect à mes amis chinois (en vidant mon verre régulièrement), je perds un peu en sobriété. Je pense que l'on est parti pour commencer à travailler quand maître Zhang me dit : «ok, monsieur Nicolas, on fait la sieste jusqu'à 16h30, ça vous convient ?»

Finalement, notre séance photo commencera à 17h pour s'achever une demi-heure après, la pluie s'invitant au programme et assombrissant le décor. 17H30 : début du dîner dans un autre restaurant de la rue. Au menu : huoguo, la célèbre fondue chinoise, et une dizaine de Gan Bei. L'interview dans tout ça ? J'ai failli l'oublier celle-là...

Vocabulaire :

Tang Lang : Mante Religieuse

Tang Lang Quan : Boxe de la Mante Religieuse

Liu He : Six Harmonies

Liu He Tang Lang Quan : Boxe de la Mante Religieuse des Six Harmonies

Mei Hua : Fleur de Prunier

Qi Xing : Sept Étoiles
Une qualité technique supérieure à la moyenne
Ici la Chine : Maître Zhang, pouvez-vous vous présenter brièvement aux lecteurs d'Ici la Chine ?
Zhang Daojin plus jeune, aux côtés de son maître
Maître Zhang Dao Jin : Je m’appelle Zhang Dao Jin, je suis 6e duan selon le système de grade officiel des arts martiaux chinois. Au sein des nombreux arts martiaux qui existent en Chine, l’art que j’aime le plus est le Liu He Tang Lang Quan, l’une des trois grandes variantes du style de la Mante Religieuse avec le Qi Xing Tang Lang Quan, et le Mei Hua Tang Lang Quan. Le courant Tang Lang est sans conteste l’un de ceux qui a le plus préservé son aspect traditionnel au sein des arts martiaux chinois.

«la seule nécessité est de frapper correctement»

ILC : Quel a été le maître vous ayant transmis la connaissance de cet art martial ?

Z.D.J. : J’ai appris le Liu He Tang Lang Quan auprès de Maître Shan Xiang Lin, à partir de l’âge de huit ans. Il disait tout le temps : «vous n'êtes pas esclaves des formes quand vous apprenez le Liu He, il n’est pas non plus besoin de gravir des montagnes ou monter des chevaux, la seule nécessité est de frapper correctement quelque soit le mouvement que vous exécutez. Quand vous vous entraînez, vous devez parvenir maîtriser le mouvement pour ensuite le laisser devenir naturel

ILC : Pratiquez-vous d’autres arts martiaux ?

Z.D.J. : En dehors du Liu He, je pratique aussi le Tai Ji Quan, dont j’ai appris le style Yang auprès des illustres maîtres chinois Yang Zhen Duo et Cui Zhong. En 1989, j’ai d’ailleurs participé et remporté la première place à la première compétition internationale de Tai Ji Quan qui se déroulait sur invitation.

ILC : Pouvez-vous nous expliquez ce que vous avez dû réaliser pour obtenir le 6e duan ? Avez-vous dû participer à un passage de grade particulier, écrire une thèse ou autre ?


Les Six Harmonies, ce que préfère Zhang Daojin Z.D.J. : J’ai passé un examen officiel en Chine pour obtenir ce grade. Cependant, plusieurs éléments ont favorisé ma candidature. D’une part, j’ai remporté la médaille d’or lors du championnat d’arts martiaux traditionnels chinois en 1985. D’autre part, plusieurs de mes recherches sur le Liu He Tang Lang Quan ont été publiées en 1986 dans le magazine national chinois «Zhongguo Wushu» (ndlr : Arts martiaux chinois).
J’ai également été officiellement nommé comme représentant de la Septième génération du Liu He Tang Lang Quan et j’ai été répertorié dans le dictionnaire des maîtres d’arts martiaux chinois. En 2002, en tant que représentant du courant Liu He Tang Lang Quan, j’ai participé à un projet vidéo sur les arts martiaux de mon pays. Ainsi les mouvements de la Boxe des Six Harmonies ont été enregistrés et commercialisés sous forme de CD-Room.

«il est essentiel d’insister sur les bases de l’art martial»

ILC : Aujourd’hui avez-vous des fonctions officielles ?

Z.D.J. : Je suis président de l’association des Arts martiaux de Longkou, la ville où je vis, ainsi que membre du comité directeur de l’association de la Communication Internationale du Liu He Tang Lang Quan. Je suis également directeur exécutif de l’association des Maîtres d’arts martiaux traditionnels chinois.

ILC : Combien d’heures passez-vous chaque jour à vous entraîner ? Selon vous, que faut-il privilégier dans la pratique ?

Z.D.J. : En dehors de mon temps de travail et des cours que j’enseigne, je passe deux heures à m’entraîner personnellement chaque jour. Je me consacre surtout au Liu He, mais je m’exerce aussi au Tai Ji Quan et à d’autres styles que je connais. Pour moi, il est essentiel d’insister sur les bases de l’art martial, les mouvements sobres mais dont l’efficacité est certaine. Si vous insistez pour vous entraîner chaque jour, vous deviendrez fort, et vous utiliserez les techniques de manière efficace.

ILC : Combien avez-vous d’étudiants ? Des étrangers viennent-ils apprendre à vos côtés ?


Travail en combat pour les élèves Z.D.J. : J’ai plus d’une centaine d’étudiants réguliers. Les plus élevés sont 4e ou 5e duan dans les arts martiaux chinois. Parmi mes élèves il y a des étrangers. Certains sont des États-Unis, du Vénézuela, du Canada, d’Italie ou du Japon. J’ai aussi des élèves venant de Hongkong et de Taïwan, des endroits pourtant bien fournis en maîtres de haut niveau. La majorité de ces élèves venant de loin ont entendu parler du Liu He, et sont venus ici pour l’apprendre.

«chaque art peut être abordé avec une pratique dite interne ou externe»

ILC : En Occident, on fait souvent une distinction entre les arts martiaux dits internes et les arts martiaux dits externes. Pouvez-vous nous donner votre vision sur ces deux aspects ?

Z.D.J. : Il est bien difficile de séparer l’interne et l’externe. Il ne s’agit pas de deux choses s’opposant ou absolument différentes mais plutôt de deux manières de pratiquer les arts martiaux. Chaque art peut être abordé avec une pratique dite interne ou externe. Faire que ces deux aspects dans votre pratique ne deviennent qu’un, à ce qu’ils travaillent ensemble, est un bon moyen d’atteindre un haut niveau dans les arts martiaux.

ILC : Y a t-il un secret pour devenir un redoutable combattant ?

La carrière de Zhang Daojin comporte des succès en compétitions Z.D.J : Dans les arts martiaux, rien n'est plus important que les bases. Par exemple le corps et le rythme pour les débutants. Se contenter de travailler les bases suffit à développer de grandes qualités martiales. Dans le Liu He, il y a énormément de techniques, certaines très complexes... Sans les bases ni pratique sérieuse et régulière, elles ne seront jamais efficaces. Seul l'efficacité compte, et elle vient d'une pratique assidue.

ILC : Avez-vous un proverbe ou une devise que vous aimez vous rappeler ?

Z.D.J. : A l’entraînement, j’aime bien répéter «l'épée devient tranchante quand on l'aiguise

ILC : Pour conclure, avez-vous un message pour nos lecteurs ?

Z.D.J. : Les arts martiaux chinois ont une longue histoire, large et profonde. Si vous voulez les apprendre correctement, entraînez-vous durement, la porte des arts martiaux chinois est ouverte aux pratiquants du monde entier.

Par Nicolas Jucha, à Longkou (Province du Shandong, Chine). Un grand merci à maître Zhang et ses élèves pour l'accueil réservé.
Un expert authentique, et un passionné avant tout
 
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