| Rencontre avec Yann Doray, réalisateur d'effets spéciaux pour le cinéma chinois |
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| Écrit par Nicolas Jucha (questions) | |||
| Samedi, 05 Décembre 2009 14:55 | |||
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Dans le cinéma depuis plusieurs années, Yann Doray est un infographiste effets spéciaux qui après avoir travaillé en France, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, a fait le choix de vie de venir en Chine. Pour www.icilachine.com, il a accepté de parler de son expérience. Première partie de notre entretien : son parcours jusqu'au 7e art. Ici la Chine : Bonjour Yann, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs d'Ici la Chine ? Yann Doray : le vrai point de départ de ma carrière, c'est quand je me suis mis à faire de la musique. J'ai assez rapidement eu envie d'en faire mon métier. Et plutôt que d'être instrumentiste ou musicien, j'ai eu l'idée de devenir ingénieur du son. Pour ce métier, il faut une bivalence : être bon en sciences (maths, physique...) et aussi avoir une sensibilité artistique, ici musicale. J'ai donc suivi un cursus dans cet esprit là dès la seconde dans l'idée d'intégrer l'école Louis Lumière (école nationale supérieure dédiée aux métiers du cinéma, de la photographie et du son). Du son à l'imageFinalement, après le bac scientifique et la fac de science, je n'ai pas réussi à entrer dans l'école Louis Lumière via les concours. A l'époque de mon troisième essai, je suis finalement entré à l'université de Valenciennes qui faisait un Master images et son. C'était déjà plus généraliste avec du son, de l'images et des choses un peu plus poussées comme du traitement de signal, de la programmation du langage C++... A l'époque, je voulais toujours être ingénieur du son, mais au fur et à mesure du cursus, j'ai découvert d'autres choses comme l'image de synthèse. Petit à petit, je me suis redirigé vers l'image même si pendant toutes mes études, j'ai fait du son. En sortant de Valenciennes en 1996, j'en ai fait via des piges comme monteur son. Et très rapidement, on m'a proposé un boulot sur les images de synthèse en 3D, pour la société Main Street à Paris. Je faisais ça en tant qu'intermittent du spectacle en parallèle à un DEA. Ils m'avaient recruté à la fin de mes études à Valenciennes pendant des épreuves de travaux pratiques jugées par des professionnels. Le cinéma déjà en ligne de mirePendant 6 mois, j'ai donc fait de la 3D (procédé utilisé pour les films d'animations), mais je me suis rendu compte que j'étais plutôt attiré par la 2D (images filmées où la 3e dimension est inaccessible). La grande différence, c'est que la 3D peut être interactive, la 2D, elle, est figée. A cette époque, les ordinateurs n'étaient pas aussi puissants que maintenant, donc faire de la 3D n'était pas aussi rapide. J'avais besoin de plus de possibilités d'interaction avec mon travail, donc je me suis tourné vers des logiciels comme photoshop. A cette époque, mon idée était d'être un jour superviseur des effets spéciaux dans le cinéma. C'était plus une idée d'étudiant sortant de l'école qu'un vrai choix de carrière mûrement réfléchi. Très rapidement, en faisant quelques boulots de superviseur, je me suis rendu compte qu'il y avait des points négatifs : beaucoup d'attentes sur les tournages, de responsabilités. J'avais cette idée sans savoir ce que c'était. L'apprentissage permanentAprès, j'ai évolué dans le monde de la 2D avec les logiciels que je connaissais : au début je faisais surtout de la retouche, de la création de décors dans des publicités vidéos. J'ai travaillé dans la publicité environ 6 ans, m'orientant petit à petit vers la télévision (habillages d'émissions) puis le cinéma. Pour une émission de la 5e, j'avais d'ailleurs fait un travail de compositeur : je devais intégrer dans l'image filmée un personnage de dessin animé interagissant avec le présentateur. La progression dans ce métier, c'est en fonction des opportunités et de la manière de les saisir. Il faut maîtriser un logiciel, accomplir différentes tâches intermédiaires et être réactif. Quand un nouveau projet arrive, par exemple «faire des éclairs», tu dois t'intéresser au logiciel qui permet cet effet, apprendre à l'utiliser. Tu fais tes éclairs, et là tu deviens une personne qui sait faire les éclairs parce que désormais tu connais le logiciel... Petit à petit, tu maîtrises de plus en plus de choses... Il y avait notamment Flame, un énorme photoshop, qui était la référence dans le métier. Il permettait notamment de travailler sur des séquences entières. La formation finalement, ne s'arrête jamais. Plus tu en connais, plus tu maîtrises de logiciels (et donc d'effets), donc ton profil intéresse. Il faut d'ailleurs suivre cette évolution technologique, sinon, tu es dépassé et là plus personne ne te contacte pour travailler. Pour en revenir à mon évolution de carrière, mes participations sur des publicités ou à la télévision ont eu lieu à la même période car le format est similaire : la vidéo. La grande différence avec le format cinéma, c'est que ce dernier travaille sur des images plus grandes, plus détaillées. L'arrivée dans le cinémaTrès rapidement, je me suis senti à l'étroit dans le marché français (vers 1997), et on parlait beaucoup des Etats-Unis. J'y suis allé avec deux noms : Alex Frich et Jean-Luc Azzis. J'ai frappé à la porte de ces deux personnes qui travaillaient dans des studios importants. Ils avaient tous les deux 5 à 10 d'avance sur ce que je connaissais. Je les ai rencontrés. Alex Frich m'a fait travailler plus par gentillesse que besoin car j'avais été recommandé par une de ses connaissances. Les réseaux de relations sont très importants : tu travailles avec quelqu'un qui a apprécié ton travail, il te recommande à une autre personne... et au fur et à mesure tu travailles sur différents projets, tu te fais un nom, les boîtes te rappellent. Je suis resté 4 mois aux Etats-Unis avant de rentrer en France, pour compléter ma formation sur Flame. J'ai donc développé une connaissance pointue de cet outil. J'ai été considéré comme l'un des spécialistes du logiciel, et on m'a par exemple envoyé en Egypte pour y former des gens et lancer les premiers projets. Finalement, le métier s'apprend petit à petit, au fil des expériences. Au départ, il n'y a que des apparences, on apprend vraiment à faire les effets quand on nous les demande. Un jour, j'ai rencontré le superviseur du département cinéma des Laboratoires Eclairs, qui montaient un département numérique. J'y ai été le premier intermittent, et ai commencé à apprendre les spécificités du cinéma. «Le Pianiste», «Les Rivières Pourpres», «Taxi 3», des grosses productions au programmeJ'ai travaillé sur des films comme «Le Pianiste», «Les Rivières Pourpres», «Taxi 3», «Le Boulet», «La Tour Montparnasse Infernale», «Le Baiser mortel du Dragon»... Travailler avec Roman Polanski, Luc Besson, c'est déjà quelque chose d'important. Après, il faut savoir que dans ce métier, on est en constante recherche de travail, il faut maintenir une base de contacts... Un jour, une boîte londonienne m'a contacté pour travailler sur le film «Harry Potter et la chambre des secrets», sous la supervision de Tim Burke, oscar des meilleurs effets spéciaux pour «Gladiateur» en 2001. Ils m'ont testé deux semaines, j'ai fait l'affaire, donc cela a débouché sur une vraie collaboration. C'est toujours comme ça : il faut être bon à chaque fois qu'on nous appelle, faire plus que ce qui est demandé, apporter une petite touche afin d'être rappelé par la suite. Je suis ensuite revenu en France pour suivre une formation plus artistique en dessin à l'école Boulle, afin de compléter mon bagage. Je travaillais en même temps, et me suis mis à chercher un poste aux Etats-Unis, car tous ou presque tous les films importants se faisaient là-bas, même si cela s'est diversifié ces dernières années. Le départ pour l'AmériqueUne nouvelle fois j'ai fonctionné avec mon réseau de contacts, mais en raison d'une grève des scénaristes, mon retour aux Etats-Unis a été annulé à la dernière minute. Finalement, mon épouse, Géraldine, a obtenu la carte verte grâce à la loterie américaine. Avec la carte verte plus mon CV, trouver un travail est devenu une formalité. La boîte qui m'a recruté alors a commencé à me faire travailler sur des publicités, logiciel pour lequel Flame était la référence. Au bout de quelques mois, ils m'ont mis sur des films, ce pourquoi j'avais postulé. Les gens qui sont contents de toi te font travailler à nouveau, et les expériences s'enchaînent. Aujourd'hui, je compte plein d'échecs dans mon parcours, mais en même temps je suis heureux de ce que j'ai fait, je ne pense pas que j'aurais pu faire mieux. Certaines choses se sont mal passées, certaines personnes n'ont pas aimé travailler avec moi et ne m'ont jamais rappelé. On peut être bon sur un projet et mauvais sur celui d'après et ainsi mis sur la sellette... Dans ce milieu, il n'y a pas de cadeau : un jour tu es le super mec qui sauve le projet, et le lendemain, parce que tu n'arrives pas à faire un plan, tu n'es rien du tout... Ce métier est une remise en question permanente.
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