| Rencontre avec Yann Doray, réalisateur d'effets spéciaux pour le cinéma chinois (partie 2) |
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| Écrit par Nicolas Jucha (questions) | |||
| Samedi, 05 Décembre 2009 15:13 | |||
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En Chine depuis juin 2007, où il travaille le plus souvent sur des films de Feng Xiaogang, Yann Doray a une grande expérience du cinéma américain et des grosses productions hollywoodiennes. Dans cette seconde partie d'entretien, il revient sur les moments les plus significatifs de sa carrière et les raisons de son départ pour l'Asie... A voir : la première partie de notre entretien, sur le parcours de Yann Doray Ici la Chine : quelles sont vos participations les plus significatives sur des films comme «Pirates des Caraïbes», «King Kong» ou d'autres long métrages sur lesquels vous avez travaillé ?
Yann Doray : je dirais que la première chose importante, c'est le générique de début du film de Marion Vernoux «Reines d'un jour», car c'est la première fois que j'avais un contact privilégié avec le réalisateur, ou plutôt la réalisatrice. Il y avait une demande, une attente du réalisateur, qui m'a donné une certaine liberté d'action et en retour attendait une idée graphique de ma part pour lancer le film et faire apparaître le titre. C'est une responsabilité importante, et cela m'a plu de l'avoir. J'ai appliqué une idée relativement simple : cueillir des fleurs dans une séquence filmée, et les disposer de manière à faire un cadre où apparaissait le titre. Cela lui a plu, et moi j'ai eu la satisfaction d'avoir marqué visuellement le film de ma patte. «Roman Polanski, c'est quelqu'un de marquant, un charisme énorme»La rencontre avec Roman Polanski est aussi un moment qui a marqué ma carrière, car nous avons eu des discussions intéressantes sur la disposition d'une lune dans un plan à propos de sa grosseur et de son intensité. Roman Polanski, c'est quelqu'un de marquant, un charisme énorme. Quand il est dans une pièce, on ne peut pas l'ignorer. Dans un film comme «Harry Potter», je n'ai pas forcément eu beaucoup de choses compliquées à faire, mais on sait que chaque action que l'on fait va avoir un impact sur ce que vont voir des millions de spectateurs. Sur ce film, j'ai créé les effets spéciaux de la scène où les acteurs disparaissent dans la cheminée avec des flammes vertes, et j'ai intégré des araignées en image de synthèse... Ce n'était pas des choses trop compliquées, mais c'était ma première très grosse production. Ensuite, j'ai été marqué par le film «I-Robot», où là, c'était une grosse production avec des plans très compliqués dans toute sa splendeur. Ils ont tout tourné avec un acteur qui a ensuite été remplacé par un robot à l'image. Il y a une scène de contact visuel entre le robot et Will Smith. Dans le plan, le problème c'est que les deux ne se regardaient pas vraiment, ils m'ont donc demandé de trouver une solution... La seule que j'ai trouvée consistait à remplacer le visage de Will Smith. J'avais donc un plan où je devais remplacer l'acteur initial par un robot en images de synthèse, et même ce qui avait été tourné n'allait pas. J'ai donc dû coordonner et synchroniser les regards en prenant un autre endroit du plan pour changer la tête de Will Smith. Ensuite, j'ai dû changer l'acteur par le robot en considérant les objets que le premier avait couverts par sa présence. Et comme le robot était tout fin mais l'acteur plutôt costaud, j'ai dû recréer l'environnement de la pièce. C'est peut être le plan le plus difficile que j'ai eu à faire à l'époque. C'est le type de plan qui peut prendre un mois de travail, et qui nécessite beaucoup de calculs car les sentiments devaient se lire sur le visage du robot. Ce n'est pas moi qui ait fait les expressions du visage du robot, mais c'est moi qui devait les intégrer au bon moment. «King Kong est l'un des films avec le plus de plans truqués de l'histoire du cinéma»Sur «King Kong», le travail était très très dense. Je travaillais environ 17h par jour, 7 jours sur 7. «King Kong» est l'un des films avec le plus de plans truqués de l'histoire du cinéma. On en compte plus de 3000. Sur «Stars Wars», il doit y en avoir 1500... Cela représente beaucoup de travail, bien que chaque plan en lui même n'ait pas nécessité beaucoup de travail car l'image de synthèse était très bonne. On n'avait donc pas grand-chose à corriger. J'ai eu plusieurs plan avec des chauves-souris, pour lesquels on m'avait donné des éléments mais pas d'instructions précises. Sur un plan avec deux animaux, j'ai eu deux éléments nettes. Mais en réfléchissant à comment cela aurait été filmé dans la réalité, j'ai eu l'idée de faire une mise au point sur la chauve-souris au fond du plan, puis changer le point sur la seconde chauve-souris arrivant en premier plan. L'idée était aussi de guider le spectateur sur ce qu'il fallait regarder dans l'image. C'est un petit détail que le réalisateur doit en général prendre en compte. Sur ce coup là, je me suis substitué un peu au réalisateur le temps de ce plan, car je n'avais pas reçu d'instructions. Quand ils vont vu le résultat, cela a plu à mes collègues. Cela m'a fait plaisir, car ma perception de l'image a été visible dans le film. Sur «Pirates des Caraïbes», c'est surtout la rencontre avec John Knoll, le superviseur, qui a été importante. C'est quand même l'un des hommes à l'origine de «Stars Wars», quelqu'un qui a mis en place le motion control, qui a développé au début photoshop. C'est une référence, donc travailler avec lui, avoir ses commentaires sur tes plans c'est le top. C'est comme être premier ministre et côtoyer le président. Ici la Chine : vous avez commencé votre carrière en France, avant de migrer aux Etats-Unis. Pourquoi la Chine aujourd'hui ? Yann Doray : ça fait longtemps que je suis attiré par la Chine. Un jour, je suis tombé par hasard sur le film «Vivre» de Zhang Yimou sur Canal +. Je n'avais pas l'intention de tout voir mais je suis resté scotché... J'ai été choqué par ce qu'avait enduré ce peuple, et cette façon de gérer les problèmes avec le sourire. J'ai commencé à lire pas mal d'auteurs, à me renseigner sur le pays et comment m'y rendre. J'ai rencontré quelqu'un qui y avait passé 6 mois, mais qui m'avait un peu découragé en m'indiquant qu'on y était très surveillé (ndlr : en 1995). Je n'ai donc pas franchi le pas car je ne pensais pas pouvoir y voir grand chose par moi-même. Le temps a passé, et après 4 ans à Los Angeles, une ville agréable, j'en avais marre de cette vie facile. J'avais envie de voir autre chose. Nous avions un peu de vacances, j'ai repensé à la Chine. Ma femme n'était au début pas trop pour puis elle a accepté. Au départ, je voulais aller à Shanghai. Elle optait plus pour Pékin. On est donc venu dans la capitale, et on a aimé. En même temps, ce que je fais pour chaque pays que je visite, j'ai commencé à chercher des contacts professionnels. Par ce biais, j'ai vu une annonce de Thomson Technicolor qui allait ouvrir quelque chose en Chine. Je les ai contacté, j'ai rencontré le boss chinois deux fois, cela a accroché. Après les trois semaines de vacances en Chine, on est rentré aux Etats-Unis. J'ai gardé contact avec Technicolor tout en travaillant sur d'autres projets comme «Pirates des Caraïbes». Le jour où le projet de Technicolor était prêt en Chine, en juin 2007, ils m'ont fait venir. Par rapport aux Etats-Unis, cela me permettait de monter d'un cran en termes de responsabilités, de refaire un travail de superviseur que j'avais connu en France. Maintenant, je suis un chef d'équipe avec 10 graphistes dans mon équipe. Et je ne suis plus freelance car j'ai un contrat fixe jusqu'à fin juin 2009.
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