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Rencontre avec Emmanuel Agletiner, une décennie d'arts martiaux chinois (Partie I) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Jucha (questions)   
Dimanche, 06 Décembre 2009 13:32

La technique de Shili La Tortue sort de l'eau

Il n'a que 33 ans, mais baigne dans le monde des arts martiaux depuis plus de 20. Emmanuel Agletiner est un passionné, qui a été séduit par la Chine en 1997. Aujourd'hui, il nous parle de son expérience dans le monde martial.

Les 17 et 18 janvier prochains à Paris, Emmanuel Agletiner proposera à tous les pratiquants un stage de deux journées sur le Yi Quan, son art martial de prédilection.

En attendant, il a accepté de répondre à nos questions, et ainsi partager son expérience des arts martiaux en Chine, un pays où la pratique diffère totalement de la France.

Ici la Chine : Bonjour Emmanuel, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs d'Ici la Chine ?

Emmanuel Agletiner : J'ai 33 ans et je pratique les arts martiaux depuis l'âge de 10 ans, dont le Yiquan depuis bientot 13 ans. J'ai commencé à diffuser des informations, articles et autres traductions sur l'école de Wang Xiangzhai il y a un peu plus de 6 mois sur un blog, et je continue aujourd'hui d'y expliquer toute la culture qui englobe l'art martial en Chine. Cette démarche a pour but d'aider les non-sinisants à entrevoir la profondeur de cette discipline afin qu'ils puissent mieux l'assimiler.

ILC : Comment avez-vous été amené à vous rendre en Chine, et surtout, comment en êtes vous arrivé à y passer autant de temps ?

EA : Depuis tout petit, je pratiquais le karate et cette pratique a commencé à prendre beaucoup d'importance pour moi vers l'âge de 16, 17 ans. Si bien que lorsque j'ai dû choisir ce que je voudrais faire plus tard, pendant ma dernière année de lycée, j'ai cherché quelque chose qui soit en rapport avec cette discipline.

J'ai tout d'abord pensé à la fac de sport et puis j'ai finalement opté pour une prépa aux concours d'entrée en kiné. Finalement, après 6 mois de prépa j'ai décidé de laisser tomber car ça ne me plaisait pas. Et puis j'ai décidé d'étudier la médecine chinoise, je souhaitais approfondir la science des arts martiaux...

Et, comme les cours de MTC ne se donnaient que sous forme de séminaires, j'ai décidé d'apprendre le chinois à la fac dans la semaine. Je m'étais dit que ça me servirait à mieux comprendre la MTC et que l'origine de toutes les disciplines martiales japonaises était en Chine.

Emmanuel, à gauche, avec son meilleur ami à Shaolin en 1997Ces études de chinois étaient donc une sorte de retour aux sources par rapport au karate. Ensuite, lors de ma deuxième année d'études aux Langues'O, j'ai décidé de partir en Chine pour y étudier 1 mois et demi, à Pékin. Là, j'ai été complètement séduit. C'était en mars 1997. J'ai décidé d'y retourner l'été de la même année pour un "trip" d'un mois avec mon meilleur ami, qui était également pratiquant.

On avait décidé d'aller à Shaolin et à Wudang par nos propres moyens, ce qui n'était pas évident en ce qui concerne le monastère de Wudangshan, très peu touristique à l'époque. Après ces deux séjours, j'avais décidé que je viendrais m'installer en Chine pendant un temps pour y chercher du travail.

Je l'ai fait en 99, mon séjour dura 8 mois, je rentrais en France après une expérience décevante, professionnellement. Mais j'avais progressé en chinois et je connaissais mieux cette culture qui m'intéressait de plus en plus. J'y suis retourné en 2001 pour travailler dans un hotel à Jinan, au Shandong.

Ce séjour se termina rapidement car je fus rapatrié au bout de 3 mois après 15 jours d'hôspitalisation pour une hépatite A ! Ensuite, je suis reparti en Chine plusieurs fois pour des propositions de travail qui ne se sont jamais vraiment concrétisées mais qui m'ont permis de séjourner là-bas plusieurs mois à chaque fois.

Et puis j'ai également travaillé comme guide accompagnateur pour des circuits de treck dans le sud de la Chine ...

Evidemment, chaque séjour me permettait d'apprendre beaucoup de nouvelles choses tant sur le plan de l'art martial que de la culture qui l'entoure. Et, ces séjours m'ont donné envie de continuer mes études aux Langues'O jusqu'en Maîtrise. A ce moment, j'ai dû choisir entre la fac et gagner ma vie, et j'ai finalement abandonné la maîtrise que j'avais décidé de faire sur les arts martiaux traditionnels.
ILC : Parmi les nombreux arts martiaux que compte la Chine, pourquoi vous êtes vous orienté vers le Yiquan, Xingyi et Bagua ?
EA : En fait, dès le début de mon apprentissage en karate, je me suis interessé aux autres pratiques martiales. Petit, je lisais les articles fascinants que l'on pouvait trouver, à l'époque, dans le magazine Karate-Bushido. Ceux qui m'impressionnaient le plus étaient les articles sur le Bujinkan d'Hatsumi sensei ainsi que ceux de messieurs Tokitsu et Uemura sur Wang Xiangzhai et d'autres maîtres chinois.

J'ai commencé à pratiquer la posture de l'arbre très tôt sans vraiment savoir ce que je faisais, c'était du "qigong" qui relevait un peu de la magie dans mon esprit. Et puis, je me suis intéressé un peu plus au Qi et aux boxes dites "internes". Je lisais tout ce que je pouvais trouver dessus, ce qui ne représentait pas grand chose à l'époque.

Au bout de 9 années de pratique du karate shotokan, je m'étais inscrit dans les cours de monsieur Didier Beddar à Paris et le Wingchun m'avait semblé bien plus "intelligent" que le karate. Je me suis orienté vers le Bagua, Xingyi et Taiji Quan assez rapidement et puis j'ai rencontré Li Jianyu lors de son deuxième séjour en France.

Là j'ai été impressionné ! J'avais vu Kanazawa sensei en action plusieurs fois, un expert très, très en forme et impressionnant. Mais là, c'était encore bien au delà. Il avait 72 ans et bougait avec une rapidité foudroyante. Et, en plus, il n'avait pas l'air d'avoir jamais été blessé, ce qui assez rare chez un vieux maître.

J'ai sympathisé avec lui et suis allé lui rendre visite à
Pékin l'année suivante, c'était mon premier voyage en Chine et j'y allais plus pour le voir que pour vraiment étudier la langue. A partir de ce moment, j'ai toujours suivi son enseignement et comme c'est un enseignement "à la chinoise", j'ai essayé de trouver moi même les réponses aux questions que je me posais.
Emmanuel Agletiner avec Maître Li Jinyu
Donc, dès que j'en avais l'occasion, je rencontrais des experts et des maîtres et leur posais des questions. J'ai pu questionner plusieurs maîtres d'arts martiaux chinois et certains m'ont donné des conseils que je continue de suivre encore aujourd'hui. Je pense qu'il n'y a pas 30 millions de façon d'utiliser le corps dans l'art martial : il y a la bonne et la mauvaise façon.

Ensuite, bien sûr, certains "trucs" vont être davantage mis en avant dans telle ou telle école, on va accorder plus d'importance à un principe plutôt qu'à un autre. Mais le mouvement juste du corps, il reste le même, quelle que soit le style. J'ai parmis mes amis des experts de différentes écoles traditionnelles chinoises et japonaises avec qui je m'entretiens beaucoup.

Certains d'entre eux ont, d'ailleurs, un niveau exceptionnel et, au delà de tout style, je peux affirmer que le mouvement, lorsqu'il est bien fait, est le même, quelle que soit l'école. Je me souviens, par exemple, que c'est après avoir lu une interview du grand maître japonais Seikichi Uehara (du Motobu ryu udonti) que j'avais réussi à comprendre les principes de la marche mocabu !

Donc, pour répondre, finalement, à la question, je ne me suis pas orienté vers un style plutôt qu'un autre. Il se trouve que le
Yiquan m'a séduit pour une bonne raison : il est devenu une école, c'est vrai, mais à la base, Wang Xiangzhai n'a cherché qu'à transmettre sa compréhension de l'art martial chinois, tous styles confondus ! Et c'est dans cette optique que j'ai cherché à étudier cette boxe, en essayant de rester ouvert d'esprit...

 
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