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Panorama du cinéma chinois : interview du réalisateur Cai Shangjun (Partie I) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Duzan   
Lundi, 07 Décembre 2009 14:09

Panorama du cinéma chinois : interview du réalisateur Cai Shangcun (Partie I)

Talentueux réalisateur chinois dit de la «sixième génération», Cai Shangjun est actuellement présent à Paris pour le Panorama du cinéma chinois. Son film «The Red Awn», la moissonneuse rouge, est d'ailleurs projeté cette semaine.

Ambiance chaleureuse dans les coulisses du Panorama

Aujourd’hui (1er décembre), en dépit du petit crachin tristounet bien de saison, les locaux de Panorama ont l’air d’une ruche en plein été : dans une ambiance chaleureuse, on prépare des panneaux d’affichage, on trie les prospectus dont les cartons s’amoncellent dans le bureau du directeur, Matthieu Wolmark ; il y en a de toutes les couleurs et, semble-t-il pour tous les goûts. Dans un coin, au fond, une bouilloire émet un long gémissement : l’eau est prête pour le thé… on sent brusquement une douce odeur de jasmin embaumer l’atmosphère.

Alors arrive Matthieu Wolmark avec son invité. Je remballe mon compliment de manuel de chinois et lui dit simplement bonjour, comme lui : il est exactement comme sur ses photos, un visage rond sous un crâne rasé, éclairé par deux yeux introspectifs qui semblent très clairs. La conversation s’engage, une conversation, détendue, en tête à tête, sur un coin de table ; l’espace est brusquement devenu immatériel, comme le temps.

Cai Shangjun, un réalisateur talentueux de la sixième génération

Cai ShangcunCai Shangjun (蔡尚君)n’est pas inconnu dans le paysage cinématographique chinois, mais il est surtout connu en tant que scénariste, car on lui doit les scénarios de trois films de Zhang Yang (张扬)qui ont été de grands succès, récompensés par des avalanches de prix : « Spicy Love Soup » (《爱情麻辣烫》- 1997), « Shower » (《洗澡》- 1999) et « Sunflower » (《向日葵》- 2005). Pour ces scénarios, il a travaillé avec deux autres scénaristes devenus aussi depuis lors réalisateurs : Liu Fendou 刘奋斗[réalisateur de « Ocean Flame » 《一半海水一半火焰》] et Diao Yinan 刁亦男 [réalisatrice de « Train de nuit » 《夜车》]

Dans le cadre du Panorama du cinéma chinois est projeté cette semaine son premier film en tant que réalisateur : « The red awn » (《红色康拜因》Hóngsè kāngbàiyīn, c’est-à-dire la moissonneuse rouge, mais il a été présenté au dernier festival de Vesoul sous le titre « Les moissons pourpres »).

C’est un premier film très achevé, sorti en 2007, qui a reçu cette année-là le prix FIPRESCI (le prix des critiques de cinéma) au festival international du film de Pusan, puis le Golden Alexander au festival international de Thessalonique, et ce n’était que le début. Aujourd’hui, Cai Shangcun est considéré comme l’un des réalisateurs les plus talentueux de sa génération (la sixième), l’un de ceux dont on attend beaucoup.

Il était intéressant de préciser d’abord quelles avaient été sa formation et son expérience initiales avant d’aborder la réalisation.

Orientation initiale : le théâtre et la mise en scène

Sa biographie officielle, celle que l’on trouve sur pratiquement tous les sites sur le cinéma chinois, commence en 1992 : c’est l’année où il est sorti diplômé de l’Institut central du théâtre de Pékin (中央戏剧学院). C’était donc ma première question : pourquoi ce choix ?

A la fin de ses études secondaires, il était partagé entre le désir d’étudier les beaux-arts et celui d’étudier la direction théâtrale. En fait, il a fait les deux, qui correspondent à deux départements de l’Institut, avec même six mois de formation spéciale à la direction cinématographique faite par un professeur venu, lui, de l’Institut du cinéma. En sortant, il a donc commencé à faire de la mise en scène de théâtre.

Son coup de maître a été la mise en scène d’une pièce de Harold Pinter qu’il avait lui-même traduite en chinois : « Landscape » [une pièce en un acte de 1967, sur les difficultés de communication entre deux personnes mariées]. Puis, en 1995, une autre pièce, adaptée du russe avec Diao Yinan 刁亦男, a connu un grand succès à Pékin. En même temps, il a travaillé pendant deux ans pour le département documentaire de l’une des chaînes de la télévision taïwanaise.

L'esprit de groupe des réalisateurs chinois

Sa collaboration avec Zhang Yang, Diao Yinan et Liu Fendou me semblant caractéristique d’un mouvement très net en Chine, la tendance à former des groupes de réalisateurs qui partagent les mêmes tendances esthétiques et préoccupations thématiques, je lui ai posé la question.

Il m’a dit que c’est un fait : ces groupes se forment pendant les années d’études ; les étudiants qui ont été formés à la mise en scène de théâtre, par exemple, partagent normalement des conceptions qui ne sont pas celles des étudiants formés à la réalisation, à la photo ou à la décoration. Il y a donc des liens d’amitié qui se développent au cours des années d’étude et qui débouchent ensuite sur des sortes de clans unis par les mêmes conceptions esthétiques. Mais cela n’empêche pas chacun de conserver une personnalité et un style propres.

[C’est sans doute là une des grandes forces du cinéma chinois dans son évolution actuelle : l’extrême diversité des styles personnels au sein de groupes affichant une esthétique particulière]
 
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