| Le journal secret de Zhao Ziyang : un livre qui aura finalement peu d'impact |
|
|
|
| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Mardi, 08 Décembre 2009 14:56 | |||
![]() Au-delà de l’émoi provoqué par la révélation de cassettes que l’ancien premier ministre Zhao Ziyang aurait enregistrées en cachette pendant sa réclusion forcée, la publication de ce nouvel ouvrage présenté comme le journal secret de Zhao Ziyang suscite deux sortes de réflexions dubitatives.
D’une part, on ne peut manquer de s’interroger sur les conditions de réalisation et de publication d’un livre qui n’apporte rien de fondamentalement nouveau par rapport à l’excellent livre de Zong Fengming, sorti en 2007, « Captive Conversations ».
D’autre part, on peut se demander si cette opération aura les retombées que laissent croire les premières réactions enthousiastes de médias occidentaux enclins à s’enthousiasmer illico pour la défense de la démocratie, en terre chinoise tout particulièrement. 1. Le précédent de Zong FengmingZong Fengming (宗凤鸣)était un vieil ami de Zhao Ziyang. Originaire de la même ville, entré au Parti en même temps que lui, il a travaillé avec lui en Chine centrale pendant la révolution, de 1938 à 1946. Ils se sont retrouvés à Pékin plus tard. Zong Fengming a été en particulier conseiller auprès de la commission d’Etat à la réforme économique.De juillet 1991 à octobre 2004, soit pendant treize ans, Zong Fengming a rendu une centaine de visites à son ami, dans la résidence de Fuqiang Hutong qui lui avait été assignée par le Parti. C’était un siheyuan traditionnel, composé de trois cours, la première étant occupée par les gardes chargés de le surveiller. Zong Fengming a réussi à franchir les contrôles en se faisant passer pour le maître de qigong de Zhao. Ils étaient soumis à une surveillance constante, Zong ne pouvait ni enregistrer, ni prendre de notes sur le moment, il ne le faisait qu’une fois rentré chez lui, de mémoire. Zhao relisait cependant le manuscrit au fur et à mesure, corrigeant éventuellement, non tant le contenu que la forme. Le livre qui en résulta sortit à Hong Kong deux ans après la mort de Zhao Ziyang. Intitulé en chinois « 赵紫阳 : 软禁中的谈话 » (conversations en résidence surveillée), il est intéressant au moins à un double titre : parce qu’il offre un témoignage direct autant sur les conditions de vie de Zhao Ziyang pendant ses années de résidence surveillée que sur ses opinions personnelles sur un grand nombre de sujets, y compris l’évolution du régime chinois. En outre, il montre l’évolution de ces opinions au cours des années. Zhao Ziyang pensait en effet au départ que le pays avait besoin de dirigeants autoritaires capables de forcer la bureaucratie à céder une partie de son pouvoir pour permettre la modernisation. Mais il déclare avoir changé d’idée après 1987, quand il est passé du poste de premier ministre à celui de premier secrétaire du Parti, et qu’il a alors réfléchi aux enjeux idéologiques, alors qu’il s’était jusque là occupé surtout d’économie. (1) L’existence même de ce livre et les conditions dans lesquelles il a été rédigé et publié amènent à se poser un certain nombre de questions sur « Prisoner of the State ». 2. Quelques questions sur la conception et la publication de « Prisoner of the State »a) Connaissant, grâce à Zong Fengming, les contraintes auxquelles était soumis Zhao Ziyang, et la liberté très étroite qui lui était concédée, on peut légitimement se demander comment il a pu réaliser plus de trente heures d’enregistrement. Zong précise bien qu’il n’a pas pu enregistrer ce que lui disait Zhao Ziyang.On peut cependant penser que la surveillance était moindre quand celui-ci était seul, en particulier la nuit. Ce qui est cependant étonnant, c’est que sa fille a déclaré à la BBC n’avoir aucune connaissance des cassettes en question. Par ailleurs, Zhao Ziyang participait déjà à la rédaction de ses mémoires et corrigeait lui-même les notes prises par son ami. On peut se demander pourquoi il aurait voulu enregistrer des cassettes en plus. L’une des raisons pourrait être que, en septembre 1997, Zhao Ziyang a écrit une lettre au 15ème Congrès du Parti pour demander une réévaluation des événements du 4 juin 1989. Or cette lettre est parvenue à Hong Kong et a été publiée dans la presse internationale. En réponse, les contrôles ont été renforcés, les gardes ont été changés et sa fille, qui vivait jusque là avec lui, a dû déménager avec sa famille. Zhao a alors perdu temporairement le droit de recevoir des visiteurs et de sortir jouer au golf. Il aurait pu alors vouloir enregistrer ses mémoires. Zong Fengming a bien pu à nouveau lui rendre visite à partir de juin 1998, mais les visites furent espacées et les conversations, de son propre aveu, plus retenues… Selon les éditeurs, les enregistrements auraient eu lieu en 1999 et 2000, c’est-à-dire juste au moment où la surveillance avait été renforcée. b) Zong Fengming a bien précisé que Zhao Ziyang était défavorable à la publication du document final qu’il rédigeait, qu’il le concevait comme un témoignage personnel destiné à servir l’histoire. Bao Tong (qui a signé la deuxième préface au livre de Zong Fengming) a lui même reconnu que Zhao Ziyang n’avait jamais manifesté le désir de publier ses mémoires, mais que lui et son fils avaient décidé de publier « Prisoner of the State » pour réhabiliter la mémoire de Zhao et transmettre sa pensée. 3. Et quelques interrogations sur la portée du livre« Prisoner of the State » sera certainement un succès de librairie à Hong Kong, surtout avec la publicité qui a accompagné sa sortie. Il circulera aussi certainement sous le manteau en Chine lorsque sortira prochainement la version en chinois, par les mêmes éditeurs. Il nourrira sans doute, pendant un temps, un débat animé sur internet.Au-delà de ce succès médiatique, on peut douter qu’il ait beaucoup plus d’impact. On voit déjà apparaître des articles qui, tout en louant les opinions libérales de l’ancien secrétaire général et son engagement en faveur d’une ouverture démocratique du régime chinois, se demandent s’il aurait pu changer le cours des choses s’il était resté au pouvoir après 1989. Zhao Ziyang avait beau être populaire, ce n’est pas cela qui importe en Chine : le pouvoir ne vient pas d’en bas, mais d’en haut. Or, il était un exécutant en première ligne, totalement dépendant de Deng Xiaoping ; il lui a servi de bouc émissaire quand, en mai 1988, la réforme des prix, que Deng lui-même avait demandé de lancer et dont il s’était glorifié auprès d’hôtes étrangers, a entraîné inflation et problèmes sociaux et qu’il fallut reculer. En septembre, Zhao Ziyang fut obligé de faire des excuses publiques. Dès lors, il était évident qu’il était marginalisé au sein de l’appareil, et il n’aurait vraisemblablement pas réussi à se maintenir longtemps au pouvoir même sans les manifestations de Tian’anmen. De toutes façons, s’il est intéressant de voir l’évolution de ses opinions au long des années, vers une apologie de plus en plus affirmée de la démocratie, il n’est pas certain qu’il aurait développé les mêmes idées s’il était resté au pouvoir, et, même si cela avait été le cas, rien ne dit ce qu’il aurait réussi à réaliser dans la pratique. La plupart des commentateurs s’accordent à dire qu’il était assez réservé et n’avait pas de base politique. Il n’est pas rare de voir d’anciens dirigeants chinois, une fois à la retraite, adopter des vues beaucoup plus libérales que lorsqu’ils étaient au pouvoir. Quant à la réaction du gouvernement, maintenant que le livre est publié, on peut gager que ce sera une attitude de réserve. Après tout, le livre de Zong Fengming a fait quelques vagues il y a deux ans, et il faut bien constater que beaucoup d’articles ne l’ont même pas cité lorsqu’ils ont fait l’éloge de « Prisoner of the State » au début de la semaine. On peut penser que quelques personnes vont avoir des ennuis, dont Bao Tong qui s’est mis volontairement en première ligne. Mais, côté officiel, on peut tout au plus s’attendre à un communiqué du ministère des affaires étrangères, ou de son porte-parole, mettant en avant l’éternelle nécessité de « stabilité » : 稳定. On ne peut s’empêcher de regretter de voir la pensée d'’un homme politique ainsi instrumentalisée après sa mort. Mais il faut bien reconnaître que c’'est le manque de liberté d’'expression en Chine qui provoque une telle radicalisation des positions, et des deux côtés. (1) On peut se reporter pour plus de détails à l’excellente critique du livre signée Andrew Nathan « Les conceptions de Zhao Ziyang au sujet de la démocratie chinoise », parue dans Perspectives chinoises (n° 2008/3, p. 150-157).
|
| Peranakans : les Chinois des détroits Communauté très puissante et influente durant des siècles, les Peranakans ont régné en maître en Asie du Sud-est. Ce sont les ancêtres des Chinois qui ont immigré en Malaisie, en Indonési [ ... ] |
| Retour en force du Chinois mandarin à Singapour ? La cité-Etat de Singapour dispose de quatre langues officielles : anglais, le chinois mandarin, le malais et le tamoul. Si la langue de Shakespeare est la plus utilisée, celle de Confucius pourrait [ ... ] |
| Interview : comment se créer et exploiter des "cercles d'amis" en Chine La notion de "Guanxi", souvent traduite par le terme relation, est une notion essentielle en Chine. Que ce soit pour les affaires ou la vie sociale, il est important d'avoir des amis et des con [ ... ] |
| Portraits d'un nouveau monde : la Chine (webdocumentaires de France 5) Avec sa collection «Portraits d'un nouveau monde», France 5 nous propose de découvrir les bouleversements de notre siècle via des documentaires multimédia. Nous vous invitons à regarder ceux q [ ... ] |
| Rencontre avec Fan Popo, réalisateur gay et militant LGBT en Chine Fan Popo est un des leaders du mouvement LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) en Chine. Il a accepté de parler avec nous de son travail de réalisateur ainsi que de la condition des homo [ ... ] |