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Mencius, le penseur qui avait foi en la nature humaine PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Jucha   
Samedi, 05 Décembre 2009 16:29

Mencius, le penseur qui avait foi en la nature humaine

Des grands penseurs qu'ait porté la Chine, Mencius fait partie des plus grands. Considéré comme le second voire l'égal de Confucius, il a poursuivi et enrichi l'enseignement du Maître, tout en laissant une place dans la postérité avec ses idées sur l'éducation, la politique et la nature humaine qu'il jugeait positive.

Mencius (en mandarin 孟子, Mèng Zi)

Dates les plus communément acceptées : 372-289 av. J.-C

Penseur chinois classé dans le courant du Confucianisme, et considéré comme le principal héritier de Confucius

Le second plus grand nom du Confucianisme

Originaire de l'état de Zou, dans l'actuel Shandong, Mencius a grandi à environ 30 kilomètres de Qufu, la ville natale de Confucius (孔子). Ce n'est d'ailleurs personne d'autre que le petit fils de ce dernier, Zi Si (子思) qui prit Mengzi pour disciple et assura sa formation.

De là à y voir les raisons qui font de ce penseur l'héritier le plus célèbre du fondateur du Confucianisme, il n'y a qu'un pas qu'il serait maladroit de franchir. Car sa réputation, Mencius la doit autant à sa position de défenseur des enseignements originels du Maître qu'à sa propre qualité philosophique.

La postérité a en effet retenu qu'il s'était opposé aux théories «hérétiques» de Mo Zi (墨子) et de Yang Zhu (楊朱), mais c'est à travers l'influence que son oeuvre a exercé sur la société chinoise à partir de la dynastie Song (宋, 960-1279) qu'il est entré au panthéon des grands penseurs chinois.

Fidèle à l'héritage de Confucius, il a néanmoins su s'adapter aux réalités de son temps et apporter sa touche personnelle. Il est notamment célèbre pour avoir défendu la théorie que l'homme naissait avec des qualités morales innées.

La mère exemplaire de Mencius

Il existe deux anecdotes célèbres sur la vie de Mencius. La première indique que sa mère aurait déménagé trois fois (jusqu'à ce qu'ils soient près d'une école) afin que son fils vive dans un environnement convenable. Cette légende représente en Chine l'idée que le contexte autour d'un enfant est la base principale de son éducation

Les récits disent également qu'un jour, elle était en train de tisser un magnifique morceau de tissu. Voyant son fils rentrer plus tôt que prévu de l'école, elle déchira son ouvrage. Quand Mencius lui demanda la raison, elle lui répondit qu'il était exactement en train de faire la même chose en quittant l'école. Il s'excusa et retourna à ses études. L'histoire reste encore aujourd'hui un exemple pour indiquer aux plus jeunes la valeur de la persévérance.

Le Mencius, l'un des quatre livres formant

Le Mencius, l'un des quatre livres formantDurant la période des Royaumes Combattants, Mengzi a sillonné l'Empire du milieu avec ses disciples pour propager son enseignement et trouver un souverain sage capable de restaurer la paix et l'unité.

Le livre qui porte son nom, le Mencius, consigne les entretiens qu'il aurait eu avec les nombreux princes qu'il rencontra entre -323 et -314. L'ouvrage fait partie des Quatre Livres formant compilés par Zhu Xi (朱熹), le grand réformateur des Song, et fait donc partie intégrante du corpus néo-confucianiste avec les cinq grands classiques.

Ce livre est la principale source historique sur Mencius avec la biographie de ce dernier dans Shiji (l'annale des Grands Historiens) de Sima Qian (145 à 90 avant JC). Selon les historiens qui se sont intéressés à Mencius, le livre à son nom a été compilé par le sage lui-même et ses disciples. Ces derniers l'auraient achevé peu de temps après la mort de leur maître.

Si l'on peut comparer le Mencius aux Entretiens de Confucius (Lunyu) par son rôle de source historique, les deux ouvrages se différencient par leur forme. Alors que les paragraphes des Entretiens sont plutôt courts, le Mencius propose de longs dialogues fournis d'argumentations détaillées.

Aussi grand que Confucius ?

«Officiellement», Mengzi est présenté comme le second plus grand nom de l'histoire du Confucianisme après le sage Confucius. Lui-même d'ailleurs, n'acceptait que ce dernier pour maître. Au vu de l'héritage qu'il a transmis, Mencius est également souvent perçu comme l'égal du fondateur de la pensée confucéenne, à tel point que leurs deux doctrines sous parfois présentées sous une dénomination commune : «la Voie de Confucius et de Mencius» (Kong Meng zhi dao).

Ce dernier, qui a exercé une fonction officielle pour l'état de Qi vers -319 à -312, se différenciait quand même sur plusieurs points. D'une part, il aurait bénéficié, selon les textes, d'une plus grande réputation et renommée, faisant qu'il était suivi par de nombreuses personnes (sans compter ses disciples) partout où il allait.

D'autre part, contrairement à Confucius, son respect envers les dirigeants étaient liés à la vertu de ces derniers : assassiner un tyran était avant tout pour lui le meurtre d'un homme mauvais, non pas un manque de respect envers l'autorité.

La pensée de Mencius a vraiment pris toute son originalité dans sa vision très positive de la nature humaine. Il défendait l'idée que l'homme naissait avec un sens moral inné (良知 liangzhi) , et que ce sont les circonstances et la société qui pouvaientt le détourner de cette bienveillance naturelle. Pour lui, l'enseignement consistait avant tout à retrouver ce savoir perdu.

Mencius le pédagogue

Mencius le pédagogueLes idées de Mencius sur l'enseignement ont profondément marqué la Chine féodale. Pour lui, l'éducation avait pour objectif de former de bonnes personnes, capables d'assumer leur rang dans la société.

Pour les dirigeants, il recommandait d'agir avec humanité, de ne pas trop punir, ni de lever des impôts trop lourds, de s'assurer que le peuple avait suffisamment pour vivre : une manière d'avoir l'appui du peuple, nécessaire au souverain pour obtenir le Mandat Céleste...

Pour Mencius, la priorité du souverain devait donc être de s'assurer que le peuple ait assez par rapport à ses besoins vitaux, puis ensuite ouvrir des écoles pour enseigner le devoir filial, les devoirs envers les aînés...

Cet enseignement devait permettre d'atteindre une harmonie sociale et donc une stabilité politique. Pragmatique, Mencius avait beau estimer que l'éducation était surtout un travail de perfectionnement personnel, il admettait aussi l'influence des évènements extérieurs sur l'attitude des hommes.

L'éducation était donc la méthode pour renforcer ou retrouver les vertus originelles de l'être humain, et l'un des devoirs du père ou du frère aîné consistait à former et éduquer ses enfants ou cadets.

L'enseignement de Mencius

Pour Mencius, le Ciel et les hommes formaient un ensemble. Si l'homme ne pouvait contrôler le fait de naître riche ou pauvre, il devait en revanche s'efforcer d'entretenir et développer sa nature positive. Cette capacité à s'améliorer passait en priorité par un contrôle des désirs matériels, et une capacité à se repentir de ses erreurs.

Mencius prônait également la recherche de réponse en soi-même, et non chez les autres : chaque personne devait se questionner sur son attitude afin de comprendre les mauvaises réactions des autres à son égard.

L'homme devait également se forger un caractère fort pour ne pas céder au découragement et toujours combattre l'injustice par la justice. Mencius considérait que pour être aguerri, l'homme avait besoin d'être confronté aux difficultés afin de saisir l'inconstance du sort.

Sa méthode

Selon Mencius, il fallait adapter son enseignement à l'élève, à ses aptitudes, encourager l'esprit d'initiative, savoir dire avec des mots simples une chose complexe. Il utilisait également beaucoup d'analogies pour répondre aux questions les plus complexes avec des exemples de la vie courante.

Il conseillait de fortifier les acquis par le travail personnel, de progresser pas à pas (à un rythme naturel), de travailler sans relâche et de ne jamais céder à la facilité. Toutes ces idées sont encore des valeurs universelles aujourd'hui.
 
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