Zhuang Zi, le sage qui se prit pour un papillon PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Jucha   
Dimanche, 06 Décembre 2009 15:03

Un portrait de Zhuang Zi

Second grand personnage de la philosophie taoïste après Lao Zi, Zhuang Zi se différencie de son illustre aîné par une pensée complexe et difficile à délimiter. Premier des anarchistes ? Inspirateur du relativisme ? Roi de la prose ? On a collé de nombreuses étiquettes à ce génial penseur, dont l'influence a touché l'ensemble de la Chine.

Zhuāng Zǐ

(caractères traditionnels : 莊子 ; caractères simplifiés : 庄子; EFEO : Tchouang-tseu),
Aussi appelé Zhuang Zhou 莊周 ou Maître Zhuang
Grand penseur taoïste chinois du IVe siècle avant Jésus Christ, il aurait vécu vers -369 à -298
A noter :
-parmi les paraboles que contient le Zhuang Zi, ouvrage classique de la philosophie taoïste, celle où le penseur Zhuang Zi se rêve papillon est particulièrement célèbre.

Qui était Zhuang Zi ?

Si Lao Zi, dont l'existence historique est incertaine, est considéré comme le personnage principal de la doctrine taoïste, Zhuang Zi est celui qui arrive juste après en terme de célébrité. Présumé auteur du livre qui porte son nom, Maître Zhuang est considéré comme l'un des plus grands, si ce n'est le plus grand, prosateur de l'antiquité en Chine.

Contrairement au père présumé du Dao De Jing (ouvrage de base du Taoïsme), Zhuang Zi a lui réellement existé. Les principales sources le mentionnant sont le Zhuang Zi (grand classique taoïste aussi appelé «le Vrai Classique de Nanhua » Nanhuazhenjing 南華眞經) et les Annales  historiques de Sima Qian.

Ces dernières le présentent comme comme originaire du district de Meng 蒙, au sud du Fleuve jaune, dans l'Etat de Song près de l'actuelle Shangqiu au Henan. Les informations au sujet de Zhuang Zhou sont assez rares et les sources le mentionnent comme ayant vécu pendant la période des Royaumes Combattants (vers -453 jusqu'à -221 et la montée au pouvoir de la dynastie des Qin).

Il aurait vécu une vie modeste, refusant les hautes charges comme un poste de Premier ministre sous le roi Wei de Chu (楚威王) selon ce qui est écrit dans le Zhuang Zi. Sa motivation :  mener à bien une vie modeste retirée du monde matériel, afin d'avancer sur la voie de la compréhension du Dao.

Zhuang Zi, le premier des anarchistes ?

Zhuang Zi, le premier des anarchistes ?Si Zhuang Zi est souvent considéré comme le successeur de Lao Zi de par son statut dans la philosophie taoïste, il semblerait qu'il ne se soit jamais inspiré de l'auteur présumé du Dao De Jing et ait développé lui même sa pensée.

D'ailleurs, sur de nombreux points celle-ci s'émancipe de tout autre penseur : Maître Zhuang était particulièrement critique face à la société et aux autorités (n'hésitant pas à qualifier les princes de plus grands voleurs), si bien que certains comme l'économiste australien Murray Rothbard, l'ont présenté comme le premier des anarchistes.

Il faut dire que le sage pensait que «le monde n'avait pas besoin de gouvernement... car le bon ordre s'installe quand les choses sont laissées à elle-même...»...

Selon les dates qu'on lui attribue communément, Zhuang Zi aurait été contemporain du sage confucéen Mencius. Mais contrairement à Lao Zi et Confucius qui se seraient rencontrés (laissant ce dernier sans voix), Mencius et Zhuang Zi semblent n'avoir jamais eu le moindre contact.

La pensée de Zhuang Zi

Si le sage Zhuang Zhou est communément classé comme le second grand philosophe taoïste après Lao Zi lui-même, vouloir définir sa philosophie est une affaire complexe : son style alliait mysticisme, humour, poésie...

Une chose est certaine : entre les concepts humains sophistiqués et le retour à l'état naturel, Zhuang Zi préférait sans hésiter la seconde solution. Pour lui, il fallait prendre ses distances par rapport à la vie en société qui imposait des limites et faisait disparaître les capacités naturelles de l'homme, capable d'atteindre une connaissance illimitée s'il suivait le Dao.

L'humain, selon Maître Zhuang, avait une fâcheuse tendance à vouloir classer et conceptualiser arbitrairement les choses et phénomènes, ce qui l'amenait vers toujours plus d'illusions et d'erreurs. Cette vision a particulièrement influencé le Bouddhisme chinois, en particulier le Chan (Zen) et ses notions de compréhension de la souffrance basée sur une illusion originelle.

Le raisonnement de Zhuang Zi le poussait à être sceptique face aux traditions et à la vie publique. Pour lui, l'essence même de l'existence consistait à ne pas aller à l'encontre de la nature des choses, ce qui lui a forgé une opinion particulièrement négative à l'égard du pouvoir, sous toute ses formes : « un petit voleur est mis en prison. Un grand brigand devient chef d'Etat ».

Les théories qui lui sont attribuées dans le Zhuang Zi, l'ouvrage taoïste à son nom dont on lui attribue les 7 premiers chapitres, montrent un homme qui croyait plus en la nature humaine qu'aux vertus des gouvernements : « on doit laisser le monde à lui-même et être tolérant à son égard et non le gouverner. On doit le laisser à lui-même afin que les hommes ne s'écartent pas de leur nature innée. On doit être tolérant afin qu'ils n'altèrent pas leur vertu propre. Si chacun ne s'écarte pas de sa nature et conserve intacte sa vertu, est-il besoin d'un gouvernement ? »

Le wu wei, ou non agir, la base du raisonnement de Zhuang Zi

Le wu wei, ou non agir, la base du raisonnement de Zhuang ZiLa pensée de Zhuang Zi s'appuie en grande partie sur la notion de non agir (ou wuwei 無為). Il ne s'agit pas là d'une passivité totale mais plutôt d'une non résistance face aux principes de la nature, de l'univers, donc du Dao.

L'être humain doit trouver sa place dans ce dernier, et pour cela, il a besoin d'éradiquer ses ambitions égocentriques, ses raisonnements métaphysiques inutiles (un point sur lequel Zhuang Zi s'opposait totalement aux Confucéens) et se tenir à l'écart des conflits humains.

Cette méthode explique concrètement la nécessité de s'écarter de la vie sociale, où les considérations personnelles et luttes de pouvoir sont le quotidien. La démarche vers le salut selon Zhuang Zi est personnelle : chacun prend en charge sa propre évolution spirituelle en adoptant le mode de vie adéquate.

Pour Zhuang Zi, l'essentiel était donc de suivre les principes de la nature, ce qui lui faisait préférer les sociétés à l'état primitif, là où les différences de classes n'existaient pas encore. Sa contribution à philosophie taoïste a donné toute son ampleur à la notion de non jugement, ce dernier étant vain par nature : la vie ne vaut pas mieux que la mort car le vivant ne connaît pas cette dernière, l'inutile pour l'un devient utile pour un autre... Ce type d'idées a poussé certains à voir en Maître Zhuang l'un des inspirateurs du relativisme.

Les idées de Zhuang Zi ont exercé une grande influence sur le monde chinois.

L'art de gouverner selon Zhuang Zi :
"Le bon ordre s'instaure spontanément quand les choses sont laissées à elles-mêmes. Le roi éclairé étend partout ses bienfaits, mais il ne fait pas sentir qu'il en est l'auteur. Il aide et améliore tous les êtres, sans que ceux-ci sentent qu'ils sont sous sa dépendance. Le monde ignore son nom et chacun est content de soi".
Un spécialiste à lire : Anne Cheng "Histoire de la pensée chinoise" - Seuil (Points 488) - ch. 4 p. 113

A ne pas manquer : notre présentation du Zhuang Zi, le second grand classique taoïste

La parabole du papillon dans le Zhuang Zi

 
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